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Géopolitique

Dans les territoires ukrainiens occupés, la Russie s’empare des logements abandonnés

Courrier International · mis à jour il y a 19 j

Les quelque 34 000 logements laissés derrière eux par des Ukrainiens ayant fui la guerre sont progressivement saisis par les autorités russes, selon le service russophone de la BBC. Ces biens sont ensuite redistribués à des citoyens munis d’un passeport russe..

Contexte des saisies

Depuis 2024, les autorités russes confisquent ou désignent pour confiscation 34 002 logements abandonnés par des Ukrainiens dans les territoires occupés. Ces biens, estimés à 14 308 à Marioupol, 6 975 à Louhansk et 3 033 à Melitopol, sont progressivement enregistrés comme biens sans maître selon la législation russe. Cette procédure s’inscrit dans un réenregistrement du parc immobilier lancé en septembre 2024 et devant s’achever fin 2026. Les propriétaires ukrainiens, souvent contraints de fuir la guerre, doivent surveiller activement les registres municipaux pour éviter la saisie, sous peine de perdre leur bien. Pour cela, ils doivent obtenir un passeport russe et se rendre sur place en moins de 30 jours, une démarche risquée en raison des interrogatoires aux frontières.

Méthodes et acteurs

Les journalistes du service russophone de la BBC ont analysé 516 annonces et registres officiels en ligne pour établir ce décompte. Ils ont exclu les biens commerciaux et harmonisé les adresses pour éviter les doublons. Une fois confisqués, ces logements peuvent être attribués à des citoyens russes ou loués à des juges, militaires et fonctionnaires. Moscou justifie ces saisies en invoquant la nécessité de remettre en circulation des logements dont les propriétaires sont impossibles à identifier ou à contacter, promettant une indemnisation en cas de réapparition des propriétaires. Cependant, cette promesse suscite des doutes, y compris parmi certains bénéficiaires russes qui cherchent à vérifier si les biens sont réellement sans propriétaire.

Stratégie politique

Selon des experts comme Sergueï Danilov, spécialiste du sud de l’Ukraine, et Jaroslava Barbieri, chercheuse à Chatham House, cette politique vise à donner une apparence de légitimité aux transferts de propriété. Elle s’inscrit dans une stratégie d’ingénierie démographique destinée à ancrer la présence russe dans ces territoires. L’objectif est de rendre la réintégration de ces zones à l’Ukraine politiquement indésirable et pratiquement irréalisable après la guerre. Kiev, de son côté, considère que ces changements de propriété n’auront aucune valeur juridique une fois l’occupation terminée. Les logements confisqués servent ainsi à attirer des travailleurs russes, renforçant ainsi le contrôle russe sur ces régions.

Ce que ça pourrait changer

Les propriétaires ukrainiens, comme Ivanna dont la maison familiale à Marioupol a été saisie, expriment leur désespoir face à la perte de leurs biens, souvent chargés de souvenirs familiaux. Les témoignages recueillis par la *BBC* révèlent l’angoisse des familles qui voient leurs logements attribués à d’autres sans leur consentement. Cette politique soulève des questions éthiques et juridiques, notamment sur la légitimité des confiscations et la protection des droits de propriété. Les experts soulignent que ces mesures pourraient aggraver les tensions et compliquer toute future négociation de paix, en créant une situation de fait accompli sur le terrain.

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