L’opération de la myopie ne se passe pas comme prévu : le patient réclame 250 000 euros, voici combien il touchera finalement
Deux ans après l’opération, le patient avait rencontré une importante baisse d’acuité visuelle. Il avait alors saisi la justice pour demander un dédommagement de la part de l’hôpital.
En 2014, un homme de 26 ans a subi une opération au laser pour corriger sa myopie au Centre hospitalier national d'ophtalmologie des Quinze-Vingts, à Paris. Cette chirurgie réfractive bilatérale visait à lui permettre de voir correctement sans lunettes ni lentilles. L'établissement est reconnu pour la qualité de ses soins en ophtalmologie. La myopie est un trouble de la vision où les objets éloignés apparaissent flous, tandis que la chirurgie réfractive au laser modifie la forme de la cornée, la partie transparente de l'œil, pour améliorer la vision. Ce type d'intervention est souvent réalisé pour des raisons de confort visuel plutôt que médicales.
Deux ans après l'opération, le patient a constaté une baisse importante de son acuité visuelle. Les médecins ont diagnostiqué une ectasie cornéenne bilatérale, une déformation progressive et affaiblissante de la cornée des deux yeux opérés. Cette complication rare mais connue peut survenir après une chirurgie réfractive au laser. Pour ralentir l'évolution de cette pathologie, le patient a dû subir une nouvelle intervention afin de renforcer sa cornée, notamment par la pose d'un implant intra-cornéen sur son œil gauche. L'ectasie cornéenne peut entraîner une vision floue ou déformée, nécessitant parfois des corrections supplémentaires.
Face à ces complications, le patient a décidé d'engager une action en justice contre le CHNO des Quinze-Vingts. Il accusait l'établissement d'avoir manqué à son devoir d'information en ne l'avertissant pas suffisamment des risques liés à l'intervention. Il réclamait initialement 250 000 euros de dommages et intérêts pour compenser les préjudices subis. Le devoir d'information en milieu médical impose aux professionnels de santé d'expliquer clairement les risques, bénéfices et alternatives d'un traitement avant d'obtenir le consentement du patient. En France, ce principe est encadré par la loi et les codes de déontologie médicale.
En août 2024, le tribunal administratif de Paris a condamné l'hôpital à verser 146 000 euros d'indemnités au patient. Les juges ont estimé que l'opération avait été réalisée dans des conditions de pur confort, car la myopie du patient n'était pas sévère et n'affectait pas sa vie professionnelle. Ils ont également reconnu que le risque d'ectasie cornéenne après une chirurgie réfractive au laser était un risque grave normalement prévisible, mais que l'hôpital avait commis une faute en ne l'informant pas suffisamment. Un risque prévisible est un danger connu et documenté que les professionnels de santé doivent mentionner aux patients.
L'hôpital a fait appel de cette décision, estimant que les preuves de sa faute n'étaient pas suffisantes. En avril 2026, la Cour administrative d'appel de Paris a rendu son verdict. Elle a confirmé que l'établissement n'avait pas apporté de preuves suffisantes pour contester les allégations du patient. Cependant, elle a revu à la baisse le montant des indemnités à 94 500 euros. Cette réduction s'explique notamment par le fait que le patient a retrouvé un emploi en 2019 comme directeur général dans une entreprise de BTP, avec une rémunération plus élevée que précédemment. La cour a considéré que cette évolution professionnelle atténuait partiellement le préjudice subi.
Cette affaire illustre les tensions entre les attentes des patients et les limites des techniques médicales. La chirurgie réfractive au laser, bien que courante et généralement sûre, comporte des risques rares mais sérieux, comme l'ectasie cornéenne. Les établissements de santé doivent équilibrer l'information donnée aux patients pour éviter des poursuites tout en ne les dissuadant pas de bénéficier de soins potentiellement bénéfiques. En France, les décisions de justice dans ce domaine reflètent cette complexité, avec des montants d'indemnisation variables selon les circonstances et les preuves apportées.

