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Droit

La faim recule dans le monde, mais la famine revient comme arme de guerre

ONU : Droits humains · mis à jour il y a 20 j

Alors que le nombre de personnes souffrant de la faim a légèrement diminué, les situations de famine se multiplient, alimentées par les conflits, les bouleversements climatiques et les perturbations du commerce mondial. Vendredi, l’ONU dénonce le paradoxe d’un monde qui dispose des moyens de nourrir sa population, mais laisse des millions de personnes privées de nourriture..

Faim en baisse globale

En 2025, environ 645 millions de personnes dans le monde souffraient encore de la faim, selon les Nations Unies. Ce chiffre marque une baisse par rapport aux années précédentes, reflétant une tendance générale à la réduction de la sous-alimentation à l'échelle mondiale. Cependant, cette amélioration globale masque une réalité plus sombre : les formes les plus extrêmes de privation alimentaire, comme la famine, sont en augmentation. Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a souligné ce paradoxe lors de la Journée mondiale de l’alimentation en 2026. La production alimentaire mondiale est suffisante pour nourrir tous les habitants de la planète, mais des obstacles politiques, économiques et climatiques empêchent une distribution équitable. Cette situation rappelle que la faim n’est pas seulement un problème de ressources, mais aussi de gouvernance et d’accès.

Famine comme arme

La famine est de plus en plus utilisée comme une arme de guerre, selon Sofía Monsalve Suárez, Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur le droit à l’alimentation. Cette pratique consiste à priver délibérément des populations de nourriture pour affaiblir un adversaire ou les forcer à se soumettre. Les attaques contre les infrastructures alimentaires, comme les champs, les silos ou les routes d’approvisionnement, ainsi que les entraves à l’aide humanitaire, sont des exemples concrets de cette stratégie. Cette évolution représente un défi moral sans précédent, car elle transforme une privation naturelle en un outil de conflit. Les conflits armés, comme celui au Soudan, illustrent cette tendance : en mai 2026, près de 19,5 millions de personnes, soit 40 % de la population soudanaise, faisaient face à une insécurité alimentaire aiguë, dont 135 000 en situation de famine.

Crises locales aggravées

Plusieurs régions du monde subissent des crises alimentaires extrêmes en 2025-2026. Au Soudan, la guerre civile en cours depuis plus de trois ans a plongé des millions de personnes dans la famine, notamment dans les régions du Darfour et du Kordofan. La sécheresse et les déplacements massifs de populations aggravent encore la situation. À Gaza, la famine avait été confirmée en 2025, et bien que le cessez-le-feu ait permis une légère amélioration, l’accès à une alimentation diversifiée reste très limité pour les jeunes enfants. Ces crises locales sont exacerbées par des facteurs climatiques, comme la sécheresse, et par des conflits prolongés qui détruisent les systèmes agricoles et les infrastructures de distribution.

Menaces sur le commerce

Le commerce international des denrées alimentaires est perturbé par des tensions géopolitiques majeures. Le Programme alimentaire mondial (PAM) alerte sur l’impact de trois points de passage stratégiques bloqués : le détroit d’Ormuz, le détroit de Bab el-Mandeb et la mer Noire. Ces blocages entraînent une hausse des prix des carburants, des engrais et des transports maritimes, ce qui se répercute sur les prix des aliments. En septembre 2026, 16 pays enregistraient une inflation alimentaire supérieure à 15 %, contre 10 pays en janvier de la même année. Ces perturbations compliquent également les livraisons humanitaires du PAM vers des pays comme le Yémen, le Soudan ou la Corne de l’Afrique, aggravant les crises alimentaires existantes.

Rôle du climat

Le phénomène climatique El Niño pourrait aggraver encore la situation alimentaire mondiale. Selon les projections du PAM, il risque de faire basculer 49 millions de personnes supplémentaires dans l’insécurité alimentaire aiguë d’ici la fin de 2027, dans 45 pays. L’insécurité alimentaire aiguë désigne une situation où les populations n’ont plus accès à une alimentation suffisante, ce qui peut entraîner la famine. El Niño, un cycle climatique naturel, provoque des perturbations météorologiques comme des sécheresses ou des inondations, qui réduisent les récoltes et augmentent les prix des denrées. Ce phénomène s’ajoute aux autres causes de la faim, comme les conflits et les perturbations commerciales.

Innovations limitées

Pour répondre à ces défis, l’ONU a choisi le thème « Innover aujourd’hui pour nourrir demain » pour la Journée mondiale de l’alimentation 2026. Des outils comme l’intelligence artificielle, les prévisions climatiques ou les solutions numériques sont développés pour améliorer la production et la distribution alimentaire. En 2025, le PAM affirme avoir aidé 132,5 millions de personnes grâce à ses innovations dans 75 pays. Cependant, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) souligne que le principal obstacle n’est pas le manque de solutions, mais leur mise en œuvre à grande échelle et à un coût abordable pour les producteurs. Par ailleurs, le gaspillage alimentaire reste un problème majeur : plus d’un milliard de repas sont gaspillés chaque jour, représentant entre 8 % et 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Ce que ça pourrait changer

Malgré les innovations technologiques, les experts insistent sur le fait que la question alimentaire est avant tout un **problème de choix politiques**. **Sofía Monsalve Suárez** et d’autres responsables onusiens estiment que les États doivent assumer leurs responsabilités en réformant l’architecture financière internationale, en réduisant le poids de la dette des pays pauvres et en mettant fin aux conflits armés. Selon eux, les moyens de produire, de transporter et de distribuer la nourriture existent déjà, mais les guerres, les intérêts économiques et le manque de financements privent des populations entières d’y accéder. La faim n’est donc pas une fatalité technique, mais le résultat de décisions humaines et de priorités politiques.

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