Les peintres écrivains, de Dürer à Dubuffet 10/10 : Les peintres écrivains 10/10 : Jean Dubuffet
En 1976, Pierre Descargues donnait à entendre le texte "Asphyxiante culture" de Jean Dubuffet, publié en 1968. Un essai dans l'air du temps de cette époque qui voulait tout réinventer, mais qui reflétait ausi des visions et opinions établies depuis longtemps chez le théoricien de l'art brut..
En 1976, l’émission Les Nuits de France Culture diffuse une lecture de l’essai Asphyxiante culture, publié par Jean Dubuffet en 1968. Cet ouvrage marque une critique radicale de la culture institutionnalisée, que l’artiste accuse de brider la création artistique en la soumettant à des normes sociales et des valeurs établies. Pour Dubuffet, l’art véritable doit échapper à ces contraintes pour retrouver une spontanéité et une singularité personnelles. L’essai s’inscrit dans le contexte des années 1960, une période marquée par des mouvements de contestation contre les institutions traditionnelles, y compris culturelles. L’artiste y développe une vision où la création ne doit pas être un simple produit destiné à alimenter les musées ou les galeries, mais une expression libre et décomplexée de l’individu.
Dans Asphyxiante culture, Dubuffet distingue deux notions : l’inculture, qui peut mener à un conformisme passif, et la déculturation, qu’il présente comme une démarche active de remise en question des idées reçues. Il propose même la création d’« instituts de déculturation », des espaces où chacun pourrait apprendre à déconstruire les valeurs sociales dominantes et à exercer sa capacité à oublier les conventions. Cette idée reflète une volonté de libérer l’art et la pensée des carcans imposés par la société. L’artiste utilise une ironie mordante pour dénoncer les mécanismes qui façonnent notre pensée, montrant que la culture institutionnelle étouffe plutôt qu’elle n’inspire. Son approche s’inscrit dans une logique de rupture avec les traditions artistiques académiques.
Dubuffet est surtout connu pour avoir théorisé l’art brut, un mouvement qui valorise les créations réalisées en dehors des circuits artistiques traditionnels, comme celles des patients en psychiatrie, des enfants ou des autodidactes. Pour lui, l’art brut incarne cette liberté créatrice que la culture institutionnelle cherche à étouffer. Dans Asphyxiante culture, il prolonge cette réflexion en affirmant que l’art doit retrouver sa dimension personnelle et spontanée, sans être soumis aux attentes des institutions. Cette vision s’oppose frontalement à l’idée que l’art doit être « grand » ou « noble » : pour Dubuffet, il s’agit avant tout d’une expression authentique et vitale, même si elle est brute ou imparfaite. Son essai devient ainsi un manifeste pour une réinvention radicale de la création artistique.
L’essai Asphyxiante culture est publié en 1968, une année charnière marquée par des mouvements sociaux majeurs en France et dans le monde, comme Mai 68. Cette période est caractérisée par une remise en cause globale des institutions, y compris culturelles. Dubuffet, avec son texte, s’inscrit dans ce courant de pensée qui rejette les hiérarchies établies et prône une libération de l’expression individuelle. Son approche rejoint celle d’autres artistes et intellectuels de l’époque, qui voient dans l’art une forme de résistance contre les normes sociales. L’émission de 1976, diffusée dans ce contexte, rappelle l’actualité persistante de ses idées, même une décennie plus tard.
L’émission *Les Nuits de France Culture* de 1976, réalisée par Pierre Descargues et El’Monder Babaï, donne à entendre la lecture de *Asphyxiante culture* par Pierre Laffont. Ce podcast s’inscrit dans une série dédiée aux *peintres écrivains*, explorant le lien entre art et littérature à travers l’histoire. L’héritage de Dubuffet réside dans sa capacité à influencer des générations d’artistes et de théoriciens, notamment ceux qui, comme lui, défendent une vision anti-conformiste de la création. Son essai reste une référence pour comprendre les enjeux de la liberté artistique et les tensions entre institution et marginalité. Aujourd’hui, ses idées continuent d’alimenter les débats sur le rôle de l’art dans la société.

