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Pourquoi le loup des fables de La Fontaine est-il plus humain qu'on ne le croit ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 29 j

Dans les Fables de La Fontaine, le loup n’est pas seulement la bête féroce que la tradition a retenue. Dans son essai "La Passion du loup", Cécilia Suzzoni interroge cette figure qui doute, raisonne, hésite, et devient parfois presque plus humain que les hommes qu’il rencontre..

Le loup, figure ambiguë

Dans les Fables de Jean de La Fontaine, le loup est souvent perçu comme une bête féroce et cruelle, symbole de la violence animale. Pourtant, l’essai La Passion du loup de Cécilia Suzzoni, professeure agrégée de lettres classiques, révèle une image bien plus complexe. L’auteure montre que le loup des fables n’est pas seulement un prédateur : il doute, raisonne, hésite et éprouve des émotions comme la tristesse ou la méditation. Cette nuance contredit l’idée reçue selon laquelle les animaux des fables seraient des personnages stéréotypés. Le loup, en particulier, se distingue par sa capacité à flipper comme une bête, c’est-à-dire à délibérer pour des raisons autres que sa survie immédiate, comme la nourriture.

La langue des dieux

Cécilia Suzzoni souligne que le loup est le seul animal des fables à recevoir le « cadeau empoisonné » de la langue des dieux, c’est-à-dire la capacité à s’exprimer et à raisonner comme un humain. Ce don, qui le rapproche paradoxalement des hommes, le place dans une position inconfortable : il est constamment tiraillé entre ses instincts naturels et sa nouvelle capacité à réfléchir. Le fabuliste lui offre ainsi une humanité ambiguë, où la raison et la violence coexistent. Cette dualité en fait un personnage plus profond que les autres animaux des fables, souvent cantonnés à des rôles plus simples.

Un candidat à l’humanité

Selon Cécilia Suzzoni, le loup des fables peut être considéré comme un candidat à l’humanité, malgré la peur qu’il inspire dans l’imaginaire collectif. Cette idée repose sur le fait que le loup, bien que redouté, partage avec les humains des traits comme la réflexion, les scrupules ou la mélancolie. Cette proximité avec l’humanité contraste avec la représentation traditionnelle des animaux dans les fables, où ils incarnent souvent des défauts ou des vices humains de manière caricaturale. Le loup, lui, incarne une humanité trouble, où la morale et l’instinct s’affrontent.

La réception traditionnelle

La réception classique des fables de La Fontaine a souvent réduit le loup à un rôle de méchant ou de symbole de la cruauté animale. Cette interprétation simpliste ignore la complexité du personnage, qui est au contraire un miroir des contradictions humaines. Cécilia Suzzoni propose de dépasser cette vision réductrice pour montrer comment le loup, par sa capacité à douter et à méditer, devient un personnage plus humain que les hommes qu’il côtoie dans les fables. Cette relecture invite à voir dans le loup non pas une bête, mais une figure qui questionne la nature même de l’humanité.

Ce que ça pourrait changer

Les *Fables* de La Fontaine, publiées entre 1668 et 1694, sont des récits courts et moralisateurs mettant en scène des animaux pour critiquer la société humaine. Le loup y apparaît dans une vingtaine de fables, souvent en opposition à des personnages comme l’agneau, la cigale ou le renard. Ces récits, inspirés d’Ésope et de Phèdre, utilisent des animaux pour illustrer des travers humains comme l’égoïsme, la ruse ou la naïveté. Le loup, en particulier, incarne souvent la force brutale, mais La Fontaine lui donne ici une profondeur inédite, en faisant un personnage qui pense et ressent.

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