Réponse à Thomas Jolly sur l'utilité de la critique
A l'occasion de son 4000e numéro, le magazine Télérama, qui a fondé largement sa réputation sur la critique culturelle, ouvre ses pages au metteur en scène star Thomas Jolly, qui ne se prive pas de mordre la main qui l'a pourtant bien nourri..
Le 16 septembre 2026, le magazine Télérama célèbre son 4000e numéro, un hebdomadaire français réputé pour ses critiques culturelles, notamment cinématographiques. Pour marquer l'événement, la rédaction interroge des artistes influents sur leur rapport à la presse. Parmi eux, Thomas Jolly, metteur en scène français devenu une figure majeure du théâtre contemporain, est invité à s'exprimer. Connu pour ses mises en scène spectaculaires comme Starmania ou la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024, il s'apprête également à diriger le Théâtre National Populaire de Villeurbanne. Son interview, publiée dans Télérama, suscite une polémique en raison de ses propos sur la critique culturelle.
Thomas Jolly affirme ne pas lire la critique, qu'il juge inutile. Selon lui, une critique négative ne peut améliorer un spectacle, et une critique positive ne convainc pas davantage le public. Il considère que les critiques sont des billets d'humeur sans fondement, illustrant son propos par une ancienne recension négative de son interprétation dans Richard III. Il s'interroge aussi sur l'impact de ces critiques, qu'il qualifie de dégoûtantes, sur le public et les artistes. Ces déclarations sont publiées dans un article signé par une journaliste expérimentée de Télérama, sans contradiction apparente. Son rejet de la critique contraste avec l'image d'un artiste accessible et proche du service public qu'il revendique.
L'article rappelle que la critique culturelle a toujours joué un rôle central dans l'évolution des arts. Au XIXe siècle, des critiques comme ceux cités par Balzac ont influencé les débats esthétiques et politiques, notamment au théâtre. Plus tard, les Cahiers du Cinéma ont contribué à l'émergence de la Nouvelle Vague en France dans les années 1950-1960. Ces exemples montrent que la critique n'est pas un simple exercice de jugement, mais un dialogue entre créateurs et spectateurs, permettant de situer les œuvres dans leur contexte historique et artistique. Thomas Jolly, qui se dit défenseur d'un théâtre populaire, semble ignorer cette dimension collective de la critique.
La critique culturelle remplit une mission d'information et de médiation. Elle permet aux spectateurs, surtout ceux qui n'ont pas le temps ou les moyens d'assister à des spectacles, de comprendre et d'apprécier les œuvres contemporaines. Sans elle, l'accès à la culture serait réduit à des publireportages, des contenus promotionnels noyés dans l'information générale. La critique offre une analyse argumentée, contextualisée et parfois incisive, qui respecte l'œuvre et ses créateurs. En cela, elle s'oppose à une logique purement commerciale où seul le succès immédiat compte. L'article souligne que même un artiste comme Thomas Jolly pourrait regretter cette absence de regard critique une fois son travail intégré à l'histoire du théâtre.
*Télérama* est un magazine français fondé en 1947, connu pour ses critiques culturelles, symbolisées par des *petits bonshommes* souriants ou mécontents indiquant la qualité des films. Son 4000e numéro marque une étape symbolique pour ce média, qui consacre plusieurs pages par semaine à la critique dans divers domaines (cinéma, théâtre, musique, etc.). Pourtant, l'interview de Thomas Jolly révèle une remise en cause interne de cette pratique, pourtant au cœur de son identité. L'article questionne la cohérence d'un artiste célébré grâce à la critique, mais qui la rejette publiquement, sans que la journaliste n'intervienne pour nuancer ses propos.

