Après le Quest, c’est au tour de l’épave du Terra Nova d’être dévoilée
Une expédition souhaite produire un jumeau numérique de l'épave historique située au large du Groenland..
L'épave du Terra Nova, un navire historique britannique, a été explorée en 2023 par une expédition scientifique canadienne de la Société géographique royale du Canada. Ce navire, long de 57 mètres, repose à 170 mètres de profondeur dans la mer du Labrador, à environ 30 kilomètres au sud du Groenland. Il a coulé en 1943 après avoir été endommagé par des tirs de canons de la Garde côtière américaine, qui le considérait comme un danger pour la navigation. L'exploration a permis de documenter pour la première fois l'état de l'épave à l'aide de véhicules sous-marins téléguidés et d'un submersible. David Mearns, l'un des scientifiques en chef, précise que l'épave est en mauvais état, mais cette dégradation offre des indices précieux sur son histoire et sa construction.
Le Terra Nova a été construit en 1884 et a servi à plusieurs expéditions polaires. Il a notamment transporté l'explorateur britannique Robert Falcon Scott lors de sa tentative d'atteindre le pôle Sud en 1910, une expédition qui s'est soldée par la mort de Scott. Le navire a aussi été utilisé pour des missions de sauvetage en Arctique et en Antarctique. Plus tard, il a été exploité comme navire de pêche au phoque dans les eaux du Labrador pendant près de 30 ans. En 1943, il appartenait à une compagnie de Saint-Jean, au Canada, lorsqu'il a sombré. L'épave conserve encore des éléments reconnaissables comme son double gouvernail, ses chaudières et ses treuils à vapeur, bien que sa coque soit brisée en deux.
L'expédition a utilisé des technologies avancées pour documenter l'épave. Un système d'imagerie photogrammétrique, développé par l'entreprise Voyis (basée à Waterloo, en Ontario), a permis de créer un modèle 3D détaillé du Terra Nova. Cette méthode consiste à prendre des milliers de photos de l'épave sous différents angles, puis à les assembler par ordinateur pour reconstituer sa forme en trois dimensions. Les chercheurs ont également utilisé des véhicules sous-marins téléguidés et un submersible pour explorer l'intérieur de l'épave. Ces outils ont permis d'observer des éléments internes comme les machineries, encore debout malgré le temps passé sous l'eau.
L'épave du Terra Nova abrite une biodiversité remarquable. Autour d'elle, le fond marin est presque désert, mais le navire agit comme un récif artificiel, attirant de nombreuses espèces de poissons, notamment des sébastes. Kirstin Meyer-Kaiser, une chercheuse impliquée dans l'expédition, étudie comment les structures humaines, comme les épaves, influencent les écosystèmes marins. Elle souligne que ces structures offrent un abri et un habitat pour les espèces, transformant des zones pauvres en biodiversité en zones riches. Cette recherche pourrait avoir des implications pour la protection des écosystèmes marins et la gestion des infrastructures sous-marines.
Cette expédition s'inscrit dans un projet plus large visant à documenter des épaves historiques à l'aide de technologies modernes. Le *Terra Nova* est le deuxième navire étudié après le *Quest*, qui transportait l'explorateur Sir Ernest Shackleton lors de son dernier voyage vers l'Antarctique. L'objectif est de créer des *jumeaux numériques* des épaves, c'est-à-dire des répliques virtuelles précises, pour préserver leur mémoire et faciliter leur étude. Antoine Normandin, directeur de recherche, explique que cette mission offre une opportunité unique de comprendre l'histoire maritime et son impact sur les écosystèmes. Les données recueillies pourraient aussi aider à préserver d'autres épaves historiques menacées par le temps et les activités humaines.

