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Peu importe ce que les enfants lisent, tant qu’ils lisent ? Dépasser les préjugés sur les « bonnes » et « mauvaises lectures »

The Conversation France · mis à jour 27 juil.

Une personne qui dévore des romans et des classiques est d’emblée considérée comme un lecteur ou une lectrice. Mais n’est-ce pas aussi le cas de celle qui ne lit que des magazines ou des mangas ? Pour donner aux enfants le goût de lire, peut-être faut-il d’abord en finir avec les catégories figées et avec les critères datés sur les « bonnes » ou « mauvaises lectures » pour partir des centres d’intérêts de chacun.

Lecture et centres d'intérêt

L’article souligne que l’envie de lire naît souvent de sujets qui passionnent déjà une personne, comme le football, les mangas ou les magazines de jeux vidéo. Les chercheurs en lecture confirment que la motivation est essentielle : on lit mieux et plus volontiers quand le contenu est lié à ses propres centres d’intérêt, son identité ou ses expériences. Par exemple, un adolescent qui lit des statistiques de football ou des biographies de joueurs développe une relation avec la lecture, même si ces supports ne sont pas traditionnellement considérés comme « nobles ». L’article cite une initiative britannique de 2026, l’Année nationale de la lecture, qui associe la lecture à des événements sportifs comme Wimbledon ou la Coupe du monde de football, en s’appuyant sur des personnalités comme Joe Wicks ou Clare Balding pour promouvoir cette approche. L’idée est de partir des passions personnelles plutôt que d’imposer des critères de qualité préétablis.

Critères de qualité obsolètes

L’article remet en question les distinctions traditionnelles entre « bonnes » et « mauvaises » lectures, souvent basées sur des critères subjectifs et datés. Par exemple, les bandes dessinées, les romans d’amour ou les mangas ont longtemps été considérés comme inférieurs à la littérature « sérieuse ». Pourtant, ces formes de lecture peuvent jouer un rôle clé dans l’acquisition d’une habitude de lecture, la confiance en soi ou le plaisir de lire. L’article cite des débats publics récurrents sur la qualité des textes, l’impact des écrans ou la capacité d’attention, mais rappelle que ces discussions ignorent souvent la question fondamentale : comment devient-on lecteur ? Les chercheurs soulignent que la valeur d’une lecture dépend moins du support que de l’engagement personnel qu’elle suscite. Ainsi, un lecteur qui s’intéresse aux mémoires d’une célébrité ou à un annuaire de football est tout aussi légitime qu’un amateur de classiques.

Objectifs de la lecture

L’article distingue plusieurs objectifs possibles de la lecture, chacun impliquant des critères de qualité différents. Si l’objectif est l’acquisition de connaissances culturelles, certains textes (comme les essais ou les ouvrages historiques) peuvent être privilégiés. Si l’objectif est la concentration ou la réflexion, la lecture de textes longs et complexes peut être valorisée. Pour développer l’empathie, la fiction littéraire est souvent recommandée. En revanche, si l’objectif est simplement de créer une habitude de lecture ou de renforcer la confiance en soi, le choix du support importe peu : un magazine, un manga ou un roman policier peut tout aussi bien remplir cette fonction. L’article souligne que pour un adolescent passionné de football, lire des comptes rendus de matchs ou des biographies de joueurs peut être le premier pas vers une relation durable avec la lecture, bien au-delà de la saison sportive.

Non-lecteurs et lecture cachée

L’article explore le rapport à la lecture des personnes qui ne se considèrent pas comme des lecteurs, notamment à travers des travaux menés en prison. Ces individus lisent pourtant des biographies de footballeurs, des journaux ou des romans policiers, mais sans s’identifier à l’étiquette de « lecteur ». Certains lisent en secret, par crainte d’être jugés ou de se démarquer. D’autres ont arrêté de lire pendant des années avant de s’y remettre. Leur point commun est une relation complexe à la lecture, souvent éloignée des attentes classiques. L’article souligne que devenir lecteur n’est pas toujours une question de persuasion ou de valeur attribuée à la lecture, mais plutôt de trouver une forme de lecture qui résonne avec sa vie. Les campagnes comme l’Année nationale de la lecture au Royaume-Uni montrent que la lecture peut émerger de passions inattendues, comme le sport, et que le chemin emprunté compte moins que le fait de lire.

Ce que ça pourrait changer

L’article questionne la légitimité des critères qui définissent un « bon » ou un « mauvais » lecteur. Il souligne que les débats publics sur la lecture sont souvent menés par des personnes qui ont toujours été des lecteurs, ce qui peut biaiser les attentes. Par exemple, une personne qui lit des magazines de football ou des comptes rendus de matchs est-elle un « vrai » lecteur ? L’article suggère que la réponse dépend moins des critères imposés par les autres que de l’engagement personnel et du plaisir trouvé dans la lecture. Il cite des exemples de personnes qui, sans se considérer comme des lecteurs, lisent régulièrement et en retirent des bénéfices. La question centrale n’est donc pas tant de savoir si les gens lisent les « bons » livres, mais qui a le droit de décider ce qui fait qu’on est un lecteur. L’article plaide pour une approche plus inclusive, où la diversité des supports et des motivations est reconnue.

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