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Culture

Libye : Derna reconstruite, trois ans après les inondations

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 11 j

Trois ans après la catastrophe de Derna, provoquée par la rupture de deux barrages lors de la tempête Daniel, la ville libyenne affiche un nouveau visage grâce à une vaste reconstruction. Mais derrière les chantiers et les bâtiments neufs, le traumatisme des habitants reste profond..

Catastrophe de Derna

Le 10 septembre 2023, la ville de Derna, située dans le nord-est de la Libye, a été frappée par une catastrophe naturelle dévastatrice. Une tempête, nommée tempête Daniel, a provoqué la rupture de deux barrages situés en amont de la ville. Cette rupture a engendré une vague géante qui a balayé une partie importante de Derna, rasant des immeubles, des habitations et des infrastructures. Le bilan humain est lourd : au moins 1 000 personnes ont disparu lors de cet événement. La tempête Daniel a été caractérisée par des pluies diluviennes, c'est-à-dire des précipitations extrêmement intenses et prolongées, qui ont saturé les sols et fragilisé les barrages. Ces derniers, construits pour retenir l'eau en cas de fortes pluies, n'ont pas résisté à la pression exercée par les eaux accumulées.

Reconstruction de la ville

Trois ans après la catastrophe, la ville de Derna a undergone une reconstruction massive. Les autorités locales, dirigées par le maréchal Khalifa Haftar, ont mis en place un fonds d'urgence dédié à la reconstruction. Ce fonds a permis de financer la réhabilitation des infrastructures détruites, comme la mosquée Al Sahaba, un édifice emblématique de la ville surmonté d'une coupole dorée, qui a rouvert ses portes après avoir été presque entièrement rasée. La reconstruction a également inclus la rénovation de la corniche, une promenade en bord de mer, ainsi que la construction de nouveaux bâtiments, comme des barres d'immeubles, des centres commerciaux et même une usine de dessalement. Ces projets visaient à effacer les traces visibles de la catastrophe et à redonner une apparence normale à la ville. Cependant, malgré ces efforts, les habitants soulignent que la mémoire de la tragédie reste intacte.

Impact économique local

La reconstruction a eu un impact économique significatif sur la région. Selon Hassan Mahmoud, ingénieur civil ayant participé aux travaux, les chantiers ont permis de créer des emplois et d'améliorer, même modestement, la situation économique des habitants. Les projets de reconstruction ont également contribué à relancer l'économie locale, notamment dans les secteurs de la construction et des services. Cependant, cet impact reste limité et ne compense pas entièrement les pertes subies par les habitants. Les projets de reconstruction se sont étendus au-delà de Derna, touchant d'autres villes de l'est de la Libye, également affectées par des années de conflit. Pour le gouvernement de Khalifa Haftar, la reconstruction est devenue un outil politique, visant à renforcer son contrôle sur la région et à montrer sa capacité à gérer les crises.

Témoignages des survivants

Malgré la reconstruction visible, les traumatismes des survivants persistent. Mohamed Al Awami, un footballeur de 32 ans, a perdu sa mère et sa sœur lors de la catastrophe. Il décrit avec précision les circonstances de la tragédie : l'eau est entrée dans son immeuble d'un coup, à 2h50 ou 2h55 du matin, emportant tout sur son passage. Les montres retrouvées après le drame étaient bloquées à ces heures, figées dans le temps. Mohamed vit désormais dans un nouveau quartier, comme pour se distancier de la souffrance, mais il reconnaît que la douleur reste omniprésente. Il évoque la mémoire des proches disparus, un fardeau qu'il porte au quotidien. Son témoignage illustre la difficulté des survivants à tourner la page, malgré les efforts de reconstruction.

Ce que ça pourrait changer

La mosquée Al Sahaba, reconstruite après avoir été rasée lors de la tempête, symbolise à la fois la résilience des habitants et la profondeur de leur traumatisme. Pour Ali Boufaris, un habitant de Derna, cette mosquée représente bien plus qu'un simple lieu de prière : c'est une *maison d'hospitalité* pour tous les habitants, un symbole de cohésion sociale. Son récit met en lumière la dualité de la reconstruction : d'un côté, la ville retrouve une apparence normale, mais de l'autre, la mémoire collective reste marquée par la destruction. Ali Boufaris compare cette situation à une ville invitée dans un nouveau décor, où l'ancien visage de Derna, avec ses ruelles et ses quartiers, ne subsiste que dans les souvenirs. La reconstruction a effacé les traces physiques, mais pas les émotions liées à la catastrophe.

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