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Que peut nous apprendre l’Australie, référence mondiale en matière d’alerte

The Conversation France · mis à jour 31 juil.

L’ESSENTIEL L’Australie dispose d’un système d’alerte parmi les plus aboutis au monde face aux feux de végétation. Les alertes sont largement comprises, mais elles ne suffisent pas toujours à convaincre les habitants d’évacuer.

Incendies au Royaume-Uni

En juillet 2026, le Royaume-Uni a connu des incendies majeurs, notamment sur Arthur’s Seat à Édimbourg, qualifiés d’urgence nationale par les Scottish Greens. Le gouvernement gallois a activé son plan de crise face à la propagation des feux dans le nord du pays, soulignant un manque d’hélicoptères disponibles. En 2025, les services d’incendie et de secours d’Angleterre et du pays de Galles sont intervenus sur près de 1 000 feux de végétation, un record dépassant celui de 2022. Les experts estiment que ces événements extrêmes deviendront plus fréquents. Plus d’un million de Britanniques vivent dans des zones exposées aux incendies, souvent dans des paysages morcelés et dépourvus de coupe-feu entretenus, contrairement à d’autres régions du monde. À ce jour, le Royaume-Uni ne dispose pas d’une stratégie unifiée de gestion des feux de végétation, bien que l’Écosse ait publié un plan d’action en mars 2026.

Risques sous-estimés

Les feux de forêt restent un risque largement sous-estimé au Royaume-Uni en raison d’une connaissance insuffisante de leurs dangers et conséquences. Les collectivités réclament une information plus claire sur la manière de réagir. Une solution envisagée consiste à envoyer des alertes d’urgence en temps réel directement sur les téléphones portables des personnes concernées. Le Royaume-Uni dispose déjà d’un système national d’alerte, mais celui-ci n’a jusqu’à présent été utilisé que pour les inondations et les tempêtes. Ces alertes ne devraient constituer qu’un élément d’une stratégie de communication plus large. Le Royaume-Uni se trouve à un moment décisif pour améliorer la compréhension du public des risques et de la complexité des feux de forêt, car il n’existe pas de réponse universelle : chaque incendie est différent.

Feux de forêt bénéfiques

Les feux de forêt peuvent être à la fois destructeurs et bénéfiques. Pour réduire les risques de manière préventive, les gestionnaires allument parfois de petits feux contrôlés, appelés feux prescrits ou brûlis dirigés, afin d’éliminer une partie de la végétation susceptible d’alimenter de futurs incendies et de limiter leur intensité. Cette pratique est largement utilisée dans d’autres pays, comme l’Afrique du Sud ou les États-Unis. Bien gérer les feux de forêt ne se résume donc pas à diffuser des alertes précoces, mais suppose aussi que le public comprenne comment cohabiter avec le feu en toute sécurité.

Système australien d'alerte

L’Australie dispose d’un système d’alerte parmi les plus aboutis au monde face aux feux de végétation. Mis en place en 2022, l’Australian Fire Danger Rating System (AFDRS) fournit un système d’alerte harmonisé à l’échelle nationale. Il évalue le niveau de risque avant qu’un incendie ne se déclare et comporte quatre niveaux : modéré (planifier et se préparer), élevé (se tenir prêt à agir), extrême (agir immédiatement pour protéger les personnes et les biens), et catastrophique (quitter les zones exposées pour assurer sa survie). Les niveaux de danger sont calculés à partir des conditions météorologiques, du degré de sécheresse de la végétation et du comportement potentiel d’un incendie.

Diffusion des alertes

Les alertes du système AFDRS sont diffusées au public par plusieurs canaux : des panneaux installés le long des routes indiquant le niveau de danger en vigueur, les bulletins météo et les applications météorologiques intégrant les niveaux de risque, les sites Internet et applications des services d’urgence des différents États, ainsi que les médias, notamment ABC Emergency, le service public australien dédié aux situations d’urgence. Lorsqu’un incendie se déclare, c’est l’Australian Warning System (AWS), mis en place en 2021, qui prend le relais. Ce dispositif diffuse directement des alertes au public pour chaque feu, avec trois niveaux : vigilance (jaune), surveillez et agissez (orange), et alerte d’urgence (rouge).

Nouveaux outils technologiques

À partir du 1er octobre 2026, l’Australie ajoutera un nouveau niveau à son dispositif d’alerte avec AusAlert, qui enverra des messages d’urgence directement sur tous les téléphones portables compatibles situés dans une zone touchée par une catastrophe. Cette mesure fait suite aux recommandations d’une commission royale d’enquête, qui a estimé que ce type d’alerte deviendrait essentiel face à la multiplication des catastrophes naturelles. La multiplication des canaux de diffusion vise à renforcer la résilience du système, mais elle n’élimine pas tous les risques. Lors d’un incendie en janvier 2026 dans l’État de Victoria, une panne de courant et la destruction d’un relais de télécommunications ont privé de nombreux habitants d’accès aux alertes officielles.

Efficacité des alertes

Lors des feux de végétation de 2019-2020 en Australie, plus de 60 000 personnes ont suivi les consignes d’évacuation et quitté les zones à risque, probablement grâce aux alertes officielles. Cependant, une étude menée en Nouvelle-Galles du Sud en 2017 a montré que, bien que la plupart des personnes jugent les alertes faciles à recevoir et à comprendre, cela ne signifie pas qu’elles suivent les recommandations des services de secours. Beaucoup ont choisi de rester pour tenter de défendre leur habitation. Tous les systèmes d’alerte sont confrontés au même dilemme : trop de messages finissent par provoquer une fatigue informationnelle, tandis qu’une communication insuffisante peut coûter des vies. L’Australie a passé des décennies à perfectionner son système d’alerte, mais le défi le plus difficile reste de convaincre les habitants de suivre les consignes lorsqu’un danger survient.

Ce que ça pourrait changer

Trouver le bon équilibre entre informer suffisamment et éviter la saturation des messages reste un défi majeur pour les systèmes d’alerte. Les alertes doivent être claires, précises et adaptées aux différents niveaux de risque, mais leur multiplication peut entraîner une lassitude chez le public. En Australie, malgré un système parmi les plus avancés au monde, une partie de la population ne suit pas les consignes d’évacuation, préférant protéger leurs biens. Ce phénomène illustre la complexité de la gestion des risques naturels, où la technologie et les systèmes d’alerte ne suffisent pas à eux seuls à garantir la sécurité des populations.

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