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Droit

Face à Starlink, Orange et les géants européens s’allient pour connecter directement nos smartphones par satellite

Numerama : droit du numérique · mis à jour il y a 16 j

Deutsche Telekom, Orange, Telefónica et Vodafone ont signé une lettre d'intention pour étudier une candidature commune aux fréquences européennes qui servent à connecter un smartphone directement à un satellite. Les quatre opérateurs ne prévoient pas de lancer de satellites eux-mêmes..

Alliance des opérateurs européens

En octobre 2026, quatre géants européens des télécommunications — Deutsche Telekom (Allemagne), Orange (France), Telefónica (Espagne) et Vodafone (Royaume-Uni) — ont signé une lettre d’intention pour étudier une candidature commune aux fréquences européennes dédiées aux services mobiles par satellite. Leur objectif est de permettre une connexion directe entre un smartphone et un satellite, sans infrastructure terrestre intermédiaire, une technologie appelée Direct-to-Device (D2D) ou Direct-to-Cell. Cette alliance vise à concurrencer des acteurs comme Starlink, qui propose déjà ce type de service via sa constellation de satellites. Les opérateurs européens ne prévoient pas de lancer leurs propres satellites, mais de s’appuyer sur des partenaires tiers pour cette infrastructure spatiale. Leur projet s’inscrit dans une démarche de souveraineté numérique européenne, afin de réduire la dépendance aux technologies américaines.

Fréquences et enjeux techniques

Les fréquences envisagées pour ce service se situent dans la bande des 2 GHz, une plage d’ondes radio considérée comme idéale par la Commission européenne pour les communications mobiles par satellite. Cette bande est actuellement exploitée par deux entreprises américaines, Viasat et EchoStar, qui en détiennent les droits depuis 2009. Ces droits expirent en mai 2027, ce qui pousse Bruxelles à réorganiser l’attribution de ces fréquences. La Commission propose de diviser cette bande en trois parts égales : la première réservée aux usages gouvernementaux et militaires, la deuxième aux nouveaux acteurs européens, et la troisième ouverte à tous. L’Europe souhaite ainsi favoriser l’émergence d’un réseau satellitaire souverain, notamment via la constellation IRIS² (Infrastructure for Resilience, Interconnectivity and Security by Satellite), dont les premiers satellites sont prévus pour 2029.

Modèle économique et acteurs clés

Les quatre opérateurs européens construiront et géreront les infrastructures terrestres nécessaires, tandis que les satellites seront fournis par un partenaire tiers encore à choisir. Le service sera ensuite vendu en gros à tous les opérateurs mobiles européens, de manière ouverte et non discriminatoire, ce qui permettrait à des acteurs comme Bouygues Telecom ou Free en France de proposer cette connexion satellite à leurs abonnés. Contrairement à Starlink, qui vend directement ses services aux utilisateurs finaux, ce modèle place les opérateurs traditionnels au cœur du dispositif. L’objectif est de garantir une couverture mobile étendue, même dans les zones sans antenne-relais ou après des catastrophes naturelles, tout en renforçant l’autonomie technologique de l’Europe.

Contexte géopolitique tendu

Cette initiative européenne intervient dans un contexte de tensions géopolitiques liées à la dépendance technologique vis-à-vis des États-Unis. En Ukraine, où Starlink joue un rôle clé dans les communications militaires, des restrictions d’accès au réseau ont été signalées en octobre 2026, suscitant des accusations contre SpaceX et Elon Musk. Ces restrictions, attribuées à des pressions politiques américaines, ont été dénoncées par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a demandé leur levée. Parallèlement, l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’UE a menacé l’Europe de représailles si Bruxelles restreignait l’accès des entreprises américaines comme SpaceX à certaines fréquences. Ces tensions soulèvent des questions sur la souveraineté numérique et la résilience des infrastructures critiques en Europe.

Ce que ça pourrait changer

La lettre d’intention signée par les quatre opérateurs n’a pas de valeur contraignante et ne remplace pas les accords existants, comme celui entre Vodafone et l’Américain AST SpaceMobile. Si le projet européen aboutit, les fréquences pourraient être attribuées en 2029, date à laquelle les premiers satellites de la constellation IRIS² sont également prévus. D’ici là, plusieurs étapes restent à franchir, notamment l’adoption des nouvelles règles par la Commission européenne et la sélection des partenaires spatiaux. Ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large visant à moderniser les infrastructures de télécommunications en Europe, tout en réduisant la dépendance aux acteurs étrangers.

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