La base aérienne de Ban Keun au Laos, une “victoire indéniable pour la Chine”
L’ouverture d’un centre d’entraînement et d’une académie d’aviation conjoints pour les pilotes chinois et laotiens, au nord de la capitale du Laos, a suscité de nombreux commentaires. Si certains observateurs en relativisent la portée, elle peut aussi être considérée comme un nouvel indice de la vassalisation du pays vis-à-vis de Pékin..
Le 29 septembre 2026, la Chine et le Laos ont officiellement inauguré deux nouvelles infrastructures militaires conjointes sur l’aérodrome rénové de Ban Keun, situé au nord de Vientiane, la capitale laotienne. Il s’agit du Centre conjoint de soutien et de formation Chine-Laos et de l’Académie d’aviation de l’amitié Chine-Laos. Ces installations ont pour objectif principal de former des pilotes chinois et laotiens ensemble, tout en renforçant les capacités aériennes du Laos. Selon le ministère chinois de la Défense, ces projets s’inscrivent dans un cadre de coopération militaire bilatérale et n’ont pas vocation à être dirigés contre un pays tiers. La Chine présente cette initiative comme un modèle de respect mutuel et de concertation sur un pied d’égalité, en conformité avec les législations nationales des deux pays ainsi qu’avec le droit international.
L’ouverture de cette base aérienne s’inscrit dans une stratégie plus large de la Chine pour étendre sa présence militaire à l’étranger de manière graduelle. Ce n’est pas la première fois que Pékin installe des infrastructures militaires hors de ses frontières. En 2017, la Chine avait ouvert une base à Djibouti, officiellement destinée à soutenir ses missions de lutte contre la piraterie dans le golfe d’Aden. Plus récemment, en 2025, un centre conjoint de formation et de soutien a été inauguré au Cambodge, sur la base navale de Ream, dans le sud-ouest du pays. Ces projets reflètent une approche chinoise visant à établir des partenariats militaires durables, tout en évitant les tensions directes avec d’autres puissances régionales ou internationales.
Si la Chine présente ces infrastructures comme des projets de coopération pacifique, certains observateurs y voient un signe de l’influence croissante de Pékin sur le Laos. Le terme vassalisation est même évoqué pour décrire cette dynamique, suggérant une forme de dépendance du Laos vis-à-vis de la Chine. Cependant, d’autres analystes relativisent cette portée, soulignant que ces installations pourraient simplement répondre à des besoins locaux en matière de formation et de sécurité. Le communiqué officiel chinois insiste sur le fait que ces projets respectent les pratiques courantes en matière de coopération militaire internationale, tout en étant encadrés par les législations des deux pays.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par les rivalités en Asie du Sud-Est. La Chine, puissance régionale majeure, cherche à étendre son influence économique et militaire dans des pays voisins comme le Laos ou le Cambodge. Ces projets pourraient être perçus comme une réponse à la présence d’autres acteurs régionaux, notamment des États-Unis ou du Japon, qui développent également des partenariats militaires dans la zone. Le Laos, pays enclavé et économiquement modeste, se retrouve ainsi au cœur d’une compétition d’influence entre grandes puissances, tout en cherchant à tirer profit de ces collaborations pour moderniser ses propres capacités.
Les images satellites analysées par des experts montrent la présence de *chasseurs d’attaque légers Y-8* et de *véhicules de soutien* sur le site de Ban Keun. Le *Y-8* est un avion de transport militaire chinois, souvent utilisé pour des missions de ravitaillement ou de soutien logistique. Ces équipements suggèrent que la Chine pourrait également déployer des moyens techniques avancés au Laos, renforçant ainsi ses capacités opérationnelles dans la région. Cependant, les détails précis sur les types d’avions ou d’armements déployés restent limités, car les autorités chinoises et laotiennes n’ont pas communiqué publiquement sur ces aspects.

