Droit au développement : les inégalités persistent
Quarante ans après la reconnaissance du droit au développement, des millions d’enfants grandissent encore dans une précarité qui leur laisse peu de perspectives. Pour certains, l’espoir d’une vie meilleure passe par le départ, parfois au péril de leur vie, à la recherche d’une école, d’un emploi ou simplement d’une existence digne..
En 1986, l’Organisation des Nations Unies (ONU) a adopté la Déclaration sur le droit au développement, un texte qui reconnaît à chaque individu le droit de bénéficier d’un accès équitable aux ressources économiques, sociales et culturelles nécessaires pour mener une vie digne. Ce droit inclut l’accès à l’éducation, aux soins, à un emploi stable et à un environnement sain. Pourtant, quarante ans après cette déclaration, des millions de personnes, notamment des enfants, restent privées de ces opportunités. Par exemple, en Gambie, certains jeunes quittent leur pays dans l’espoir de trouver une vie meilleure, parfois au péril de leur vie, illustrant ainsi l’échec partiel de la mise en œuvre de ce droit. La Haute-Commissaire adjointe aux droits de l’homme de l’ONU, Awa Dabo, a souligné lors d’une table ronde à Genève que ces parcours migratoires forcés reflètent un monde où les progrès restent inégalement répartis entre les régions.
Malgré des progrès économiques globaux depuis 1986, les inégalités entre les pays et au sein des populations persistent de manière frappante. Selon le World Inequality Lab, les revenus annuels cumulés de la moitié de la population adulte mondiale (environ 2,8 milliards de personnes) sont comparables à ceux des 5 600 personnes les plus riches de la planète. Cela signifie que 50 % de l’humanité partage un niveau de richesse équivalent à celui d’un groupe extrêmement restreint de milliardaires. Awa Dabo a comparé cette situation à la capacité d’accueil d’une salle de concert, soulignant l’ampleur du fossé. Ces inégalités limitent l’accès aux droits fondamentaux et anéantissent les espoirs de millions de personnes, comme en témoignent les parcours migratoires dangereux entrepris par des jeunes en quête d’opportunités.
L’éducation est un domaine où les inégalités sont particulièrement visibles. Par exemple, les dépenses annuelles par enfant en Afrique subsaharienne s’élèvent à environ 200 €, contre 7 400 € en Europe et 9 000 € en Amérique du Nord et en Océanie. Ces écarts financiers se traduisent par des différences majeures dans la qualité de l’enseignement, les infrastructures scolaires et les opportunités futures des jeunes. À l’approche de l’échéance des Objectifs de développement durable (ODD) en 2030, le retard est préoccupant : seulement 36 % des cibles mesurables sont en bonne voie, tandis que 15 % ont régressé depuis 2015. Le déficit annuel de financement du développement dépasse 4 000 milliards de dollars, aggravé par des déséquilibres commerciaux, un endettement élevé et une baisse de l’aide internationale au développement, qui a chuté de près d’un quart en 2026.
Face à ces constats, Awa Dabo et le *Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme* (HCDH) appellent à une action urgente. Ils soulignent la nécessité de renforcer la coopération internationale, de mobiliser davantage de financements pour le développement et de placer les droits humains au cœur des politiques économiques. Le HCDH insiste sur l’urgence de concrétiser le droit au développement, car les retards accumulés pourraient persister encore quarante ans sans une intervention forte. Les défis incluent l’augmentation des dépenses militaires mondiales, qui ont fortement augmenté, ainsi que l’insuffisance des ressources publiques dans de nombreux pays. La responsable onusienne a conclu en affirmant que « nous ne pouvons pas attendre encore quarante ans pour concrétiser le droit au développement ».

