Écrire et photographier le Liban, avec Orianne Ciantar Olive et Manal Salamé
Manal Salamé fait paraître son premier roman "Habibi Beyrouth", chronique du retour dans un Liban plein de contradictions. Elle dialogue avec Orianne Ciantar Olive, qui présente à Arles "Les Ruines Circulaires", anatomie photographique solaire d'un Sud-Liban en proie aux guerres et à l'occupation..
L'article présente deux créatrices libano-françaises, Orianne Ciantar Olive et Manal Salamé, qui explorent le Liban à travers des formes artistiques distinctes. Manal Salamé est écrivaine, poétesse et photographe, tandis qu'Orianne Ciantar Olive est photographe. Leur travail commun porte sur la représentation d'un pays marqué par des conflits récurrents et des crises politiques. Le Liban, souvent surnommé le pays du Cèdre, est un État du Proche-Orient dont l'histoire récente est jalonnée de guerres civiles, d'invasions étrangères et de crises économiques majeures. Les deux artistes abordent cette complexité à travers des œuvres récentes : un roman pour Manal Salamé et une exposition photographique pour Orianne Ciantar Olive.
Manal Salamé publie en mars 2026 un roman intitulé Habibi Beyrouth, qui raconte le retour d'Amal, une Libanaise naturalisée française, dans son pays d'origine après dix-sept ans d'absence. Ce voyage est déclenché par un rêve où elle voit le Liban disparaître des cartes. Le récit suit la quête identitaire d'Amal à travers Beyrouth et d'autres villes comme Nabatieh, tout en explorant l'histoire familiale et les tensions communautaires persistantes dans le pays. Le roman aborde également les conséquences de l'explosion du port de Beyrouth en août 2020, un événement qui a causé plus de 200 morts et des dégâts matériels estimés à plusieurs milliards de dollars. Amal se réapproprie progressivement son identité libanaise en redécouvrant le pays à travers la photographie, un médium qu'elle adopte pour capturer son expérience.
Orianne Ciantar Olive présente à Arles, dans le cadre des Rencontres de la Photographie, une exposition intitulée Les Ruines circulaires. Cette série photographique explore le sud du Liban, une région souvent touchée par les conflits, notamment l'occupation israélienne et les guerres successives. L'exposition s'inspire d'une nouvelle de l'écrivain argentin Jorge Luis Borges et des poèmes de L'apocalypse arabe d'Etel Adnan, une poétesse et artiste libano-américaine décédée en 2021. Pour créer une perspective originale, Orianne Ciantar Olive inverse l'orientation de la carte du Liban, le renomme par son anagramme Nabil, et utilise des pellicules photographiques exposées au soleil, dont les versos prennent une teinte orangée caractéristique. Cette technique renforce le thème de la répétition des violences et de l'éternel recommencement dans la région.
Les deux œuvres s'inscrivent dans un contexte historique et culturel riche mais tourmenté. Le Liban, indépendant depuis 1943, a connu une guerre civile de 1975 à 1990, suivie d'une série de crises politiques, économiques et sociales. L'explosion du port de Beyrouth en 2020 est l'un des symboles les plus récents de cette instabilité. Les artistes s'appuient sur des références littéraires et poétiques pour donner une profondeur à leur travail. Etel Adnan, mentionnée dans l'article, est une figure majeure de la littérature libanaise, connue pour ses écrits engagés contre la guerre et pour son engagement en faveur de la paix. Son recueil L'apocalypse arabe (2012) est une œuvre clé pour comprendre les tensions du pays. Les deux artistes utilisent la photographie et l'écriture comme outils de résistance et de réappropriation d'un territoire chargé de mémoire et de contradictions.
Le roman *Habibi Beyrouth* de Manal Salamé est publié le 4 mars 2026 aux éditions La Tribu, une maison d'édition spécialisée dans les littératures du monde. L'exposition *Les Ruines circulaires* d'Orianne Ciantar Olive est visible jusqu'au 4 octobre 2026 à la Maison des Peintres d'Arles, dans le cadre des Rencontres de la Photographie, un festival international dédié à la photographie contemporaine. Un livre accompagnant l'exposition, également intitulé *Les Ruines circulaires*, est paru en 2024 chez Dunes Editions, une maison d'édition spécialisée dans les ouvrages illustrés. Ces deux projets artistiques offrent une vision complémentaire du Liban, mêlant récit personnel et analyse historique à travers des supports visuels et textuels.

