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Géopolitique

L’unique parti russe opposé à la guerre en Ukraine écarté des élections législatives

Courrier International · mis à jour il y a 22 j

La Cour suprême de Russie a annoncé, lundi 10 août, le retrait de Iabloko de la liste des partis autorisés à participer aux élections législatives de septembre. Née dans les années 1990, cette formation appartenant au champ politique autorisé se distingue par son opposition à la guerre menée contre l’Ukraine.

Exclusion d'Iabloko

Le 10 août 2026, la Cour suprême de Russie a annoncé le retrait du parti Iabloko de la liste des formations autorisées à participer aux élections législatives prévues le 20 septembre 2026. Iabloko, créé en 1993, est le seul parti russe à s'être publiquement opposé à la guerre en Ukraine. Cette décision, qualifiée d'historique par les médias indépendants comme Novaïa Gazeta, marque la première fois dans l'histoire moderne de la Russie qu'une liste de parti déjà enregistrée est invalidée par la justice. Un rassemblement de soutien à Iabloko, regroupant au moins 575 personnes, s'est tenu devant la Cour suprême à Moscou, illustrant l'attachement d'une partie de la population à cette formation.

Accusations contre Iabloko

Les autorités russes ont justifié l'exclusion d'Iabloko par plusieurs accusations. Le parti est notamment reproché d'avoir utilisé illégalement des droits d'auteur, comme des paroles d'une chanson soviétique des années 1960 ou des images du film Guerre et Paix (1966). D'autres griefs incluent des financements étrangers présumés, la promotion de l'idéologie LGBT (considérée comme extrémiste par l'État russe) et l'appel à la violation de l'intégrité territoriale de la Russie. Cette dernière accusation découle de la position pacifiste d'Iabloko, qui soutient un cessez-le-feu en Ukraine. Ces accusations émanent principalement du parti Rodina, un mouvement nationaliste proche du Kremlin.

Contexte politique d'Iabloko

Iabloko, dont le nom signifie Pomme en russe, est un parti d'opposition systémique, c'est-à-dire autorisé à participer à la vie politique sous certaines conditions. Fondé en 1993 pendant la période Eltsine, il se présente comme un parti sociolibéral favorable à une modernisation à l'européenne. Ses valeurs incluent l'économie de marché, les droits humains, la protection de l'environnement et l'État de droit. Dans le paysage politique russe, il est perçu comme une opposition modérée, distincte des partis plus radicaux ou interdits. Son exclusion des élections législatives pourrait annoncer une interdiction totale, selon des experts comme Stanislav Andreïtchouk.

Réactions et mobilisation

L'exclusion d'Iabloko a suscité une forte mobilisation, notamment sur les réseaux sociaux. Des jeunes Russes ont partagé des vidéos brandissant des pommes, symbole du parti, tandis que des influenceurs comme Dania Milokhine (18,6 millions d'abonnés sur TikTok) ont exprimé leur soutien. Les médias indépendants russes, comme Novaïa Gazeta et Meduza, ont souligné l'ironie de cette décision, alors qu'Iabloko gagnait en popularité dans les sondages. Le parti a annoncé son intention de faire appel, mais les observateurs estiment que cette exclusion pourrait être une première étape vers son interdiction définitive.

Ce que ça pourrait changer

Cette décision illustre la répression croissante de l'opposition en Russie, où les voix discordantes sont de plus en plus marginalisées. Les autres partis autorisés, comme le Parti communiste ou Russie juste, ont déjà pris position contre Iabloko, reflétant une convergence des forces pro-Kremlin. Pour l'éditorialiste Andreï Kolesnikov, cette exclusion révèle une *faiblesse* du système politique russe, qui tente de contrôler les procédures électorales plutôt que de répondre aux aspirations démocratiques de la population. Malgré les restrictions, des manifestations de soutien persistent, montrant les limites du contrôle exercé par les autorités.

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