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Selon un article scientifique des années 1960, la fin du monde aura lieu le 13 novembre 2026 : une prédiction fausse, mais un raisonnement plutôt sérieux

Presse-Citron · mis à jour il y a 21 j

Dans 30 jours très exactement, l'humanité doit être rayée de la carte, étouffée par sa propre explosion démographique. Si l'on en croit, du moins, la prophétie apocalyptique formulée par un scientifique de renom dans les années 1960, qui n'avait pas bien compris que l'être humain ne se reproduisait pas comme des bactéries dans une boite de Petri..

Contexte des années 1960

Dans les années 1960, la guerre froide oppose l’U.R.S.S. et les États-Unis, alimentant une peur généralisée de la bombe nucléaire et des conflits mondiaux. Parallèlement, une autre angoisse domine : celle d’une surpopulation humaine menant à une pénurie de ressources alimentaires. Cette crainte s’appuie sur les travaux de Thomas Malthus, un économiste anglais du XVIIIe siècle, qui avait prédit que la croissance démographique dépasserait les capacités de production alimentaire, provoquant famines et effondrement. À cette époque, la population mondiale augmente rapidement, et les progrès médicaux (vaccins, antibiotiques) réduisent la mortalité, notamment infantile. Le taux de croissance démographique atteint alors son apogée historique, un phénomène que les scientifiques de l’époque tentent de modéliser.

Prédiction de von Foerster

En 1960, le physicien Heinz von Foerster, accompagné de Patricia M. Mora et Lawrence W. Amiot, publie un article dans la revue Science intitulé Doomsday: Friday, 13 November, A.D. 2026. Les auteurs y prédisent que l’humanité s’éteindra le 13 novembre 2026, à cinq ans près. Leur raisonnement repose sur une observation : la croissance démographique mondiale suit une courbe hyperbolique, c’est-à-dire que le taux de croissance augmente avec le temps, contrairement à une courbe exponentielle. Von Foerster estime que cette courbe atteindra une singularité (une valeur infinie) à la date prévue, signifiant que la Terre ne pourra plus accueillir tous les humains. La phrase célèbre de l’article résume cette idée : « Nos arrière-arrière-petits-enfants ne mourront pas de faim. Ils mourront écrasés ».

Raisonnement mathématique

Von Foerster et ses collègues s’appuient sur 24 estimations de la population mondiale couvrant les 2 000 dernières années. Ils modélisent cette évolution en une équation mathématique, qu’ils prolongent jusqu’en 2026. Leur postulat clé est que l’être humain, contrairement aux autres espèces, échappe aux limites naturelles de croissance grâce à l’innovation et à la coopération. Selon eux, plus la population augmente, plus les ressources produites augmentent aussi, permettant une croissance encore plus rapide. Cette dynamique crée une courbe hyperbolique, qui tend vers l’infini à une date précise : le 13 novembre 2026. Leur modèle suppose que cette tendance se poursuivra indéfiniment, sans tenir compte des changements futurs.

Erreur de modélisation

La prédiction de von Foerster repose sur un biais d’extrapolation : il suppose que les tendances passées (croissance démographique rapide) se poursuivront indéfiniment. Or, dès les années 1960, le taux d’accroissement démographique commence à décliner, un phénomène que les auteurs ne pouvaient anticiper. Leur modèle ignore la transition démographique, un processus où la baisse de la mortalité (due aux progrès médicaux) est suivie d’une baisse de la natalité (liée à l’urbanisation, à l’éducation des femmes et à l’accès à la contraception). En 2026, la population mondiale est d’environ 8,32 milliards d’habitants, et les projections indiquent qu’elle atteindra son maximum vers 2084 (10,3 milliards) avant de diminuer.

Réactions et critiques

Dès la publication de l’article, des démographes et mathématiciens critiquent sévèrement la prédiction. Dans la rubrique « courrier » de Science, des lettres qualifient la prophétie de « ridicule » et « manifestement absurde ». Les auteurs défendent leur hypothèse, mais les faits leur donnent tort. Leur erreur majeure est d’avoir négligé l’impact des choix humains : la baisse de la natalité, liée à des facteurs comme la pilule contraceptive ou le coût de la vie en ville, où un enfant représente une charge supplémentaire. Von Foerster, physicien et non démographe, n’a pas intégré ces variables sociales dans son modèle. Cette histoire illustre les limites des extrapolations mathématiques face à la complexité des comportements humains.

Ce que ça pourrait changer

Malgré son erreur, Heinz von Foerster reste un scientifique influent, notamment en cybernétique et philosophie. Ses travaux ont marqué la pensée scientifique du XXe siècle, bien que cette prédiction erronée soit aujourd’hui oubliée. L’article de 1960 rappelle que les modèles mathématiques, aussi sophistiqués soient-ils, dépendent des hypothèses de départ. Les dynamiques démographiques, influencées par des facteurs culturels, économiques et technologiques, échappent souvent aux équations pures. Cette histoire souligne aussi l’importance de l’interdisciplinarité : un physicien ne peut prédire l’avenir démographique sans comprendre les mécanismes sociaux qui le façonnent.

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