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Économie

Les racines du trumpisme s’étendent dans toute l’histoire des États-Unis

LVSL · mis à jour 6 juil.

Trump est à la fois une rupture et une continuité. Sur le plan intérieur, il veut revenir sur les acquis de la révolution des droits civiques et restaurer le pouvoir sans entraves des entreprises.

Trump : rupture et continuité

Donald Trump est souvent perçu comme une exception dans l’histoire politique américaine en raison de son style imprévisible et de ses prises de décision erratiques. Pourtant, son ascension s’inscrit dans une logique plus profonde liée à des forces historiques et sociales. Trump incarne à la fois une rupture, en tentant de revenir sur les acquis des droits civiques, et une continuité, en perpétuant les politiques impérialistes traditionnelles des États-Unis. Son élection et son second mandat s’appuient sur un mouvement d’extrême droite infiltré depuis des décennies dans les institutions, notamment les tribunaux et les assemblées législatives. Ce mouvement, représenté par des groupes comme le Project 2025, vise à éroder les droits démocratiques et à supprimer les réglementations limitant le pouvoir des entreprises. Trump utilise ainsi une feuille de route élaborée par l’establishment politique américain le plus conservateur.

Droits civiques : une révolution limitée

Le mouvement des droits civiques (1955-1970) a marqué une avancée majeure aux États-Unis en mettant fin à l’apartheid légal et en élargissant les droits démocratiques pour les Afro-Américains et d’autres minorités. Cette période, parfois appelée Seconde Reconstruction, a permis l’adoption de lois historiques comme le Civil Rights Act de 1964 et le Voting Rights Act de 1965, qui ont interdit la ségrégation et protégé le droit de vote. Cependant, cette « révolution » n’a pas remis en cause les structures fondamentales du capitalisme ni la domination de la classe dirigeante. Elle a surtout permis une intégration partielle des minorités dans le système politique et social, sans transformer les rapports de propriété ou de pouvoir économique. Malgré ces avancées, un secteur de l’élite américaine a œuvré en coulisses pour contester ces réformes et restaurer un ordre plus autoritaire.

Apartheid américain : un système violent

L’apartheid aux États-Unis ne se limitait pas aux États du Sud. Il s’agissait d’un système national de ségrégation raciale imposé par la violence et la terreur d’État. Entre 1865 et 1960, près de 7 000 Afro-Américains ont été lynchés, souvent en public, avec l’assentiment des autorités locales. En 1900, moins de 2 % des Noirs du Mississippi pouvaient voter, et ce chiffre n’était que de 5 % en 1964, malgré l’abolition de l’esclavage en 1865. Des pratiques comme les sundown towns (villes du coucher du soleil), au nombre d’environ 10 000 en 1970, illustraient cette exclusion systémique : les Noirs y étaient interdits après la tombée de la nuit, sous peine d’arrestation ou de violences. Ce système a été légitimé par des figures comme Thomas Jefferson ou Woodrow Wilson, dont les écrits ou actions reflétaient une idéologie de suprématie blanche institutionnalisée.

Ku Klux Klan : terreur et politique

Le Ku Klux Klan (KKK) est l’organisation terroriste la plus emblématique des États-Unis, mais aussi un mouvement politique influent. Fondé après la guerre de Sécession (1861-1865) pour défaire la First Reconstruction et rétablir la domination blanche, le KKK a utilisé la violence (meurtres, incendies criminels, intimidations) pour empêcher les Afro-Américains d’accéder à leurs droits. Au début du 20e siècle, une seconde version du KKK a émergé, ajoutant à sa haine des Noirs une opposition aux migrants. À son apogée dans les années 1920, le KKK comptait environ 5 millions de membres et bénéficiait du soutien de pans de la classe moyenne et de certains ouvriers blancs. Son idéologie prônait un « patriotisme pur » et une Amérique réservée aux protestants blancs nés aux États-Unis. Le père de Donald Trump, Fred Trump, a été arrêté en 1927 lors d’une marche du KKK à New York, bien qu’il ne soit pas officiellement membre.

Trump et l’héritage raciste

Le trumpisme s’appuie sur une idéologie de suprématie blanche, héritée des structures racistes américaines. Trump et son gouvernement ont systématiquement minimisé ou nié l’histoire de l’esclavage, comme en témoignent leurs tentatives de réécrire les récits dans les parcs nationaux ou leurs publications officielles reprenant des slogans inspirés de la propagande nazie, comme « Une patrie, un peuple, un héritage ». Les politiques de son administration visent à expulser massivement les migrants, présentés comme « incompatibles avec la civilisation occidentale ». Cette vision s’inscrit dans une continuité historique où la classe dirigeante américaine a toujours utilisé le racisme pour diviser la classe ouvrière et maintenir son pouvoir. Le racisme, selon l’article, n’est pas seulement une attitude sociale, mais une idéologie d’État profondément ancrée dans les institutions américaines depuis la fondation du pays.

Politique étrangère : impérialisme constant

Sur la scène internationale, les actions de Trump s’alignent sur la tradition impérialiste des États-Unis, malgré son image de leader imprévisible. Ses politiques incluent des mesures agressives comme le blocus contre Cuba, la guerre économique contre le Venezuela (avec un blocus naval et la tentative d’enlèvement de Nicolás Maduro), le soutien au génocide israélien à Gaza, ou encore la vente d’armes à Taïwan pour un montant de 40 milliards de dollars. Ces décisions reflètent un consensus bipartisan au sein de la classe dirigeante américaine, qui considère la puissance militaire et la coercition économique comme des outils légitimes de sa politique étrangère. Trump, comme ses prédécesseurs, utilise donc la force pour défendre les intérêts stratégiques des États-Unis, qu’il s’agisse de contrer l’influence iranienne, russe ou chinoise.

Ce que ça pourrait changer

Le *Project 2025* est un plan détaillé élaboré par les secteurs les plus conservateurs de l’establishment politique américain pour transformer radicalement la gouvernance des États-Unis. Ce projet vise à éroder les droits démocratiques en limitant le pouvoir des minorités, en supprimant les réglementations environnementales et sociales, et en renforçant le contrôle des entreprises sur la société. Trump s’en inspire directement pour son second mandat, cherchant à revenir sur les réformes progressistes du *New Deal* (années 1930) et des droits civiques (années 1960). L’objectif est de restaurer un système où le pouvoir est concentré entre les mains d’une élite blanche et capitaliste, sans contre-pouvoirs significatifs. Ce projet s’appuie sur une infiltration des institutions judiciaires et législatives par des idéologues de droite depuis des décennies.

Sujets complémentaires
La crise finale du libéralisme
La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt et sa progression fulgurante en Allemagne a une nouvelle fois alimenté les commentaires sur le retour des années 1930 et les sempiternels appels au « barrage » pour « sauver la démocratie », jusqu’à envisager l’interdiction du parti. Des mots d’ordre vains tant l’essor de l’extrême-droite se nourrit d’un rejet profond du libéralisme politico-économique. Ayant abusé de l’endettement public pour compenser les baisses d’impôts des grandes entreprises et des grandes fortunes, ce régime a de plus en plus de mal à assurer le contrat social de base tant les taux d’intérêt deviennent élevés. La recette austéritaire, déjà appliquée depuis des décennies, et le pari du réarmement pour relancer l’économie, sont des impasses. Pour le sociologue allemand Wolfgang Streeck, le monde occidental est arrivé au stade final de la « polycrise » et seule une rupture économique profonde peut lui permettre d’éviter le règne de l’extrême-droite.
Réformer plutôt que taxer plus: sortir enfin du cercle vicieux français
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