La peste de retour en Russie ? Un potentiel scandale sanitaire caché par l’État et les services de sécurité nationale du pays
Une jeune laborantine russe est morte, emportée en trois jours. Depuis, quatre hôpitaux ont fermé leurs portes et 200 personnes ont été placées en quarantaine.
La peste, souvent associée aux épidémies médiévales en Europe, est une maladie infectieuse qui existe encore aujourd’hui, bien que très rarement. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), elle touche environ 1 000 à 2 000 personnes par an, principalement à Madagascar, en République démocratique du Congo, et dans une moindre mesure en Asie, en Amérique du Sud et dans l’ouest des États-Unis. La bactérie responsable, Yersinia pestis, peut provoquer deux formes principales : la peste bubonique, transmise par les puces des rongeurs, et la peste pulmonaire, qui se propage entre humains par les gouttelettes respiratoires. Cette dernière est particulièrement redoutée car, sans traitement, son taux de mortalité atteint près de 100 %. La Russie, où la maladie était autrefois endémique, n’avait plus connu de cas depuis 2016, date du dernier incident enregistré dans la république de l’Altaï.
Le 29 septembre 2026, Daria Chipilova, une laborantine de 28 ans travaillant à l’Institut de recherche anti-peste d’Irkoutsk (Russie), a été hospitalisée pour des symptômes ressemblant à une pneumonie sévère. Placée sous ventilation artificielle, elle est décédée dans la nuit du 1er au 2 octobre. Diplômée avec mention de l’Université de médecine d’Irkoutsk, elle était spécialisée en diagnostic clinique de laboratoire. Les médias indépendants Lioudi Baïkala et Novaïa Gazeta ont révélé qu’elle manipulait des cultures vivantes de Yersinia pestis, la bactérie responsable de la peste pulmonaire. Selon ces sources, elle aurait accidentellement brisé une éprouvette contenant l’agent pathogène lors d’un prélèvement, exposant potentiellement des centaines de personnes.
Face à cette situation, les autorités russes ont mis en place des mesures exceptionnelles, suggérant une crise sanitaire bien plus grave qu’une simple pneumonie. Quatre hôpitaux de la région d’Irkoutsk ont été fermés pour trois semaines, les visites aux patients interdites, et 189 contacts de la victime ont été identifiés et hospitalisés dans deux établissements différents. Douze autres ont été transférés à l’Institut anti-peste pour surveillance. Le personnel de l’Institut a été confiné, et des patrouilles du FSB (Service fédéral de sécurité de la Russie) ont escorté les ambulances transportant les cas contacts. Une fonderie d’aluminium voisine a ordonné le port du masque à son personnel, avant de modifier son communiqué pour effacer toute référence à la peste. Une enquête pénale a été ouverte pour « violation des normes de sécurité sanitaire ayant entraîné la mort ».
Malgré ces mesures drastiques, les autorités russes ont officiellement nié l’existence d’une épidémie de peste. Le Rospotrebnadzor, l’agence fédérale de surveillance sanitaire, a qualifié la maladie de « pneumonie d’étiologie inconnue ». Le gouverneur de la région d’Irkoutsk, Igor Kobzev, a affirmé que la « situation épidémiologique était stable » sans mentionner la mort de Chipilova ni le mot « peste ». Le Kremlin, par la voix de son porte-parole Dmitri Peskov, a exhorté les journalistes à « ne pas écouter les rumeurs » et à se fier aux déclarations officielles. Anna Popova, cheffe du Rospotrebnadzor, a été dépêchée sur place depuis Moscou, à 4 200 km d’Irkoutsk, une réaction jugée suspecte par les observateurs. Ces dénégations, combinées aux mesures de confinement, soulèvent des questions sur la transparence de l’État.
L’Institut de recherche anti-peste d’Irkoutsk, où travaillait Daria Chipilova, a été fondé en 1923 sous l’URSS et faisait partie d’un réseau d’instituts dédiés à la surveillance épidémiologique. Cependant, son ancien directeur, Igor Domradski, a cofondé par la suite Biopreparat, un programme clandestin soviétique d’armes biologiques créé en 1973. Bien qu’aucune source ne confirme l’existence actuelle d’un programme offensif, la réaction des autorités après la mort de Chipilova a alimenté les spéculations. Le dernier cas de peste en Russie avant 2026 datait de 2016, lorsqu’un enfant de dix ans avait été contaminé après avoir dépecé une marmotte. Contrairement à l’affaire de 2016, la crise de 2026 a déclenché une réponse autoritaire et un déni systématique, sans précédent dans la gestion des épidémies en Russie.

