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Philosophie

Ferdinand Kokou Makouvia : « Je suis libre de dessiner moi-même les limites de mon pays »

AOC Media · mis à jour 2 oct.

Né à Lomé en 1989, formé d'abord dans les ateliers de la ville – son « école de la rue » – puis d'Abidjan à Paris en passant par Valenciennes et Amsterdam, Ferdinand Kokou Makouvia investit le Musée des Tissus pour la Biennale de Lyon. Murs de cartons brûlés figurant des continents en mouvement, sculpture de terre modelée par les rêves des passants : une œuvre hantée par la « traversée », où la matière se négocie plus qu'elle ne se domine.

Portrait de l'artiste

Ferdinand Kokou Makouvia est un artiste contemporain né à Lomé, la capitale du Togo, en 1989. Son parcours artistique s'est construit à travers plusieurs villes et cultures, depuis les ateliers de la rue à Lomé jusqu'à des formations à Abidjan, Paris, Valenciennes et Amsterdam. Il participe à la 18ème Biennale de Lyon, un événement artistique majeur qui se tient en 2026 et dont le thème est Passer d’un rêve à l’autre. Makouvia y expose ses œuvres au Musée des Tissus, un lieu emblématique de la capitale des Gaules (Lyon). Son travail explore la traversée, un concept central dans son art qui évoque à la fois les déplacements physiques et les transformations symboliques. Ses créations, souvent réalisées avec des matériaux comme le carton brûlé, la terre ou le métal, cherchent à interroger la matière et son rapport au vivant, en la rendant active plutôt que passive.

Influences et inspirations

L’œuvre de Ferdinand Kokou Makouvia est profondément marquée par son continent d’origine, l’Afrique, qu’il décrit comme un territoire et continent à la fois. Cette dualité reflète son attachement à la fois aux frontières géographiques et aux dimensions culturelles et spirituelles du continent. L’artiste évoque également l’animisme, une croyance selon laquelle les éléments naturels (comme les arbres, les rivières ou les montagnes) possèdent une âme ou une force vitale. Cette vision influence directement sa démarche créative, où la matière n’est pas simplement un support, mais un sujet à part entière. Son enfance à Lomé, rythmée par les mots d’un enseignant et l’observation du quotidien, a aussi façonné sa sensibilité artistique. Makouvia considère que chaque œuvre est un réceptacle d’énergie, où l’intuition et la rigueur architecturale se mêlent pour créer des formes en perpétuelle tension.

Démarche artistique

La démarche de Ferdinand Kokou Makouvia se caractérise par une approche participative et une réflexion sur la matière. Ses sculptures, souvent monumentales, utilisent des matériaux bruts comme la terre, le bois ou le métal, mais aussi des éléments plus fragiles comme le carton. Par exemple, il crée des murs de cartons brûlés figurant des continents en mouvement, symbolisant à la fois la fragilité et la résilience des territoires. Ses œuvres agissent comme des réflécteurs physiques et symboliques : elles occupent l’espace du Musée des Tissus non pas pour le remplir, mais pour le révéler et en capter l’essence. Makouvia y voit une forme de transmission, où la matière devient le lieu d’un échange entre l’artiste, l’œuvre et le spectateur. Cette dimension curatoriale, où le public est invité à interagir avec les créations, est au cœur de sa pratique.

Contexte de la Biennale de Lyon

La 18ème Biennale de Lyon, intitulée Passer d’un rêve à l’autre, se déroule en 2026 et est dirigée par la curatrice Catherine Nichols. Cet événement artistique majeur invite des artistes du monde entier à explorer des thèmes liés à la transformation, à la mémoire et à l’imaginaire. Ferdinand Kokou Makouvia a été sélectionné pour investir un vaste espace au Musée des Tissus, un lieu historique de Lyon dédié à l’histoire des textiles. Son exposition s’inscrit dans une volonté de créer un dialogue entre les géographies intimes de l’artiste et les mémoires collectives portées par le musée. L’œuvre de Makouvia y est présentée comme un pont entre l’exaltation et l’exploration patiente du monde, où chaque pièce devient une invitation à repenser les limites, qu’elles soient géographiques, culturelles ou artistiques.

Ce que ça pourrait changer

Dans ses œuvres, Ferdinand Kokou Makouvia aborde la question des *limites*, qu’elles soient celles d’un pays, d’une culture ou d’une matière. Son titre *Je suis libre de dessiner moi-même les limites de mon pays* résume cette idée : il suggère que les frontières ne sont pas figées, mais peuvent être redessinées, réinventées ou contestées. Cette liberté créatrice s’applique aussi bien à l’art qu’à la vie, où l’artiste voit dans chaque déplacement et chaque rencontre une opportunité de redéfinir son propre territoire. Ses sculptures, en captant la lumière et en jouant avec l’espace, renvoient au spectateur l’écho de ses propres mutations. Makouvia utilise l’art comme un outil pour interroger les récits dominants et proposer de nouvelles narratives, où la matière et l’esprit s’entremêlent pour former une vision plus large et plus inclusive du monde.

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