Rehab to where? Ontario mayors want to force people into treatment without giving them somewhere to live
The Ford government is considering involuntary addiction treatment while people asking for help wait months for voluntary care — and supportive housing waits stretch into years The post Rehab to where? Ontario mayors want to force people into treatment without giving them somewhere to live appeared first on Ricochet..
En septembre 2026, les maires de 23 grandes villes de l'Ontario, dont celui de Barrie Alex Nuttall, demandent à la province d'adopter une loi permettant de forcer des personnes en situation de rue, souffrant de dépendances ou de troubles mentaux, à suivre un traitement contre leur gré. Cette proposition vise à compléter les mesures existantes, jugées insuffisantes par ces élus. Le premier ministre ontarien Doug Ford a indiqué qu'il était ouvert à cette idée. Cependant, cette demande intervient dans un contexte où des villes comme Barrie, qui a déclaré l'état d'urgence pour l'itinérance en 2025, voient leur population sans-abri augmenter de plus de 11 % en un an, malgré des actions comme le démantèlement des campements.
La loi proposée permettrait aux autorités de confiner des personnes pour des soins médicaux non consentis, une mesure exceptionnelle qui soulève des questions éthiques et pratiques. Qui déciderait de ces mesures ? Quels recours seraient possibles ? Comment éviter que cette politique, conçue pour des cas extrêmes, ne s'étende à d'autres situations ? Ces interrogations sont d'autant plus importantes que l'itinérance, les troubles mentaux et les addictions sont souvent perçus comme des problèmes d'ordre public. Pourtant, les municipalités ne contrôlent pas les leviers clés de ces crises : le système de santé, les aides sociales comme l'Ontario Works (OW) ou le Ontario Disability Support Program (ODSP), ou encore la construction de logements sociaux.
Les villes comme Barrie ne gèrent pas directement les services sociaux ou de santé, mais doivent faire face aux conséquences visibles de ces échecs. Par exemple, le logement social à Barrie est géré par le County of Simcoe, un organisme régional, et non par la municipalité. Les maires reconnaissent que les outils à leur disposition sont limités : ils ne peuvent pas augmenter les aides sociales, construire des logements abordables ou développer des programmes de soins. Pourtant, c'est sur eux que repose la gestion des campements et des crises sociales, sans qu'ils aient les moyens d'agir sur les causes profondes de ces problèmes.
Une question centrale reste sans réponse : que se passe-t-il après le traitement forcé ? Les programmes de désintoxication publics durent parfois seulement 72 heures, puis les personnes sont renvoyées dans les mêmes conditions qui ont conduit à leur addiction. Par exemple, une travailleuse sociale de l'Armée du Salut explique que ses clients, prêts à se soigner, sont souvent libérés sans solution de logement stable ni accompagnement, ce qui rend la réinsertion quasi impossible. En Ontario, 36 378 personnes attendent un logement avec soutien pour des troubles mentaux ou d'addiction, avec un délai moyen de 4 ans. Sans solution de logement, le traitement forcé perd une grande partie de son efficacité.
Les risques de cette politique sont inégalement répartis. En 2023-2024, les adultes autochtones étaient incarcérés 10 fois plus que les adultes non autochtones, et les adultes noirs 3 fois plus que les adultes blancs au Canada. Une expansion des pouvoirs coercitifs de l'État pourrait donc toucher de manière disproportionnée ces populations. De plus, les services de réduction des risques, comme les sites de consommation supervisée (SCS), sont en déclin en Ontario. En 2025, la province a fermé 10 SCS et restreint la création de nouveaux sites, limitant ainsi une approche qui permet de sauver des vies en attendant que les personnes soient prêtes à se soigner.
Des institutions comme le Centre for Addiction and Mental Health (CAMH) s'opposent à une loi sur le traitement forcé, estimant qu'elle n'est pas la priorité. Le CAMH propose plutôt de renforcer les systèmes de soins volontaires et de logements avec soutien, avant d'envisager des mesures coercitives. Pourtant, les délais d'attente pour un traitement volontaire en Ontario sont longs : 61 jours pour un traitement en centre spécialisé et 124 jours pour un traitement en communauté. Les experts soulignent que la priorité devrait être de maintenir les personnes en vie grâce à des services comme les SCS, tout en maintenant un lien pour les encourager à se soigner quand elles seront prêtes, plutôt que de les forcer à suivre un traitement.
Le système d'aide sociale en Ontario illustre les difficultés rencontrées. Une personne seule recevant l'Ontario Works (OW) touche un maximum de 733 $ par mois pour couvrir ses besoins de base et son logement, un montant inchangé depuis 2018. Pour l'Ontario Disability Support Program (ODSP), les montants ont augmenté, mais restent insuffisants pour permettre une réinsertion stable. Sans revenus décents ni logement abordable, les personnes en situation de rue ou en traitement forcé n'ont pas les moyens de reconstruire leur vie. Les maires comme Alex Nuttall estiment que les gouvernements ont tout essayé, mais cette analyse est contestée par les experts, qui soulignent l'absence de solutions structurelles comme le logement social ou l'augmentation des aides.
Les travailleurs sociaux de première ligne, comme ceux de l'Armée du Salut, sont sceptiques quant à l'efficacité du traitement forcé. Ils rappellent que la *récupération* (processus de sevrage et de réinsertion) n'est pas linéaire : les rechutes font partie du parcours pour beaucoup. Ils soutiennent l'utilisation des mécanismes d'urgence existants pour les personnes représentant un danger immédiat, mais estiment que forcer des personnes à suivre un traitement sans leur consentement n'est pas une solution durable. Leur priorité est de maintenir un lien de confiance avec les personnes en difficulté, en leur offrant des services de réduction des risques, tout en rendant les soins volontaires accessibles quand elles sont prêtes.

