Connue pour tuer les saumons, cette molécule toxique vient d'être retrouvée dans le lait suisse : le matériel de traite pourrait être en cause
Des chercheurs de l'EPFL ont détecté quatre substances issues du caoutchouc dans du lait cru suisse. L'une d'elles, le 6PPD-quinone, est connue pour tuer les saumons.
Des résidus d'un composé chimique appelé 6PPD-quinone, issu des pneus de voitures, ont été détectés dans du lait suisse. Cette molécule est connue pour être extrêmement toxique pour les saumons, car elle perturbe leur système de navigation et peut entraîner leur mort en milieu aquatique. Bien que les concentrations mesurées dans le lait soient faibles, leur présence soulève des questions sur leur impact potentiel sur la santé humaine. Les scientifiques s'interrogent notamment sur les effets à long terme d'une exposition répétée à cette substance, même à faible dose. Cette découverte s'inscrit dans un contexte plus large de pollution environnementale par les microplastiques et les résidus de produits chimiques liés aux activités humaines.
L'enquête pointe du doigt le matériel de traite utilisé dans les exploitations laitières suisses comme source probable de cette contamination. Les machines de traite, souvent fabriquées avec des matériaux synthétiques ou des pièces métalliques traitées, pourraient libérer des particules de pneus usagés sous forme de poussière ou de résidus. Ces particules, transportées par l'air ou les fluides, finiraient par se déposer dans les produits laitiers. Les chercheurs n'excluent pas d'autres sources possibles, comme la pollution atmosphérique ou les eaux d'irrigation contaminées, mais le matériel agricole reste le suspect principal. Cette hypothèse est renforcée par des études antérieures ayant montré la présence de 6PPD-quinone dans des environnements agricoles.
La 6PPD-quinone est une substance chimique synthétisée à partir du 6PPD, un antioxydant ajouté aux pneus pour prolonger leur durée de vie. Une fois rejetée dans l'environnement, elle se transforme en 6PPD-quinone, qui est hautement toxique pour les organismes aquatiques. Bien que les effets sur l'être humain ne soient pas encore clairement établis, les scientifiques craignent qu'elle puisse agir comme un perturbateur endocrinien ou provoquer des inflammations. Les autorités sanitaires suisses ont été alertées et devraient prochainement évaluer les risques réels pour les consommateurs. En attendant, aucune recommandation spécifique n'a été émise concernant la consommation de lait en Suisse.
La Suisse n'est pas le seul pays concerné par cette pollution. Des études précédentes ont déjà révélé la présence de 6PPD-quinone dans des rivières et des sols aux États-Unis, au Canada et en Europe. Cette molécule illustre un problème plus large : celui de la pollution par les microplastiques et les résidus de produits chimiques issus des activités humaines. Les pneus, qui s'usent avec le temps, libèrent des particules fines contenant des centaines de composés toxiques, dont la 6PPD-quinone. Ces particules se retrouvent ensuite dans l'air, l'eau et les sols, posant un défi majeur pour les écosystèmes et la santé publique.
Les autorités suisses et les organisations environnementales ont réagi avec prudence à cette découverte. Des analyses complémentaires sont prévues pour déterminer l'étendue de la contamination et identifier les sources exactes de la 6PPD-quinone. Des experts en toxicologie et en agriculture collaborent pour évaluer les risques et proposer des solutions, comme le remplacement des équipements de traite ou l'adoption de pratiques agricoles plus strictes. En parallèle, des discussions sont en cours au niveau européen pour renforcer la réglementation sur les substances chimiques utilisées dans les pneus et les équipements agricoles. Aucune mesure d'urgence n'a été annoncée pour l'instant.

