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Généraliste

Une Ontarienne atteinte d’un cancer rare se voit refuser une couverture à l’étranger

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 15 j

Sabrina Apitz-Grossman, 31 ans, dénonce la décision du gouvernement de l’Ontario..

Diagnostic et urgence

Sabrina Apitz-Grossman, une Ontarienne de 31 ans, a appris en octobre 2025 qu’elle souffrait d’un sarcome synovial, un cancer rare qui s’est développé dans son genou avant de se propager à ses poumons. Les médecins lui ont annoncé qu’il ne lui restait que 12 à 18 mois à vivre sans traitement adapté. Malgré plusieurs interventions comme la radiothérapie, la chimiothérapie et des opérations, la tumeur n’a pas pu être entièrement retirée. Les spécialistes ont recommandé un traitement expérimental appelé Tecelra, disponible aux États-Unis mais pas en Ontario. Ce traitement, basé sur une thérapie personnalisée utilisant les cellules T du patient, offre des chances de survie de 90 % après un an et de 70 % après deux ans pour près de la moitié des patients dans sa situation. Cependant, Sabrina se heurte à un refus de couverture financière par l’Assurance-santé de l’Ontario pour ce traitement à l’étranger.

Refus de couverture

L’Assurance-santé de l’Ontario a refusé à Sabrina Apitz-Grossman le remboursement d’un traitement contre son cancer à l’étranger, malgré l’urgence de sa situation. Une première demande de révision a été rejetée, tout comme une deuxième tentative auprès d’un programme d’évaluation au cas par cas. Cette décision s’inscrit dans un cadre réglementaire strict : depuis octobre 2026, l’Ontario ne finance plus les traitements médicamenteux à l’étranger sauf si ces mêmes médicaments sont déjà disponibles en Ontario, même de manière limitée. Le gouvernement justifie cette règle par la nécessité de protéger les contribuables contre les coûts élevés et de préserver l’intégrité du système de santé. La ministre ontarienne de la Santé, Sylvia Jones, a souligné que cette approche permet d’économiser 5,2 milliards de dollars canadiens, bien que l’origine exacte de ce montant ait été clarifiée ultérieurement comme une estimation des coûts supplémentaires si l’Ontario cessait de négocier les prix des médicaments avec les fabricants.

Contexte politique et économique

La décision de l’Ontario s’appuie sur une logique économique : éviter que des traitements coûteux, comme Tecelra (estimé à 727 000 dollars américains, soit plus d’un million de dollars canadiens), ne gonflent la facture globale du système de santé. La ministre Jones a expliqué que cette politique vise à maintenir une approche équitable et transparente dans l’allocation des ressources. Cependant, cette justification a suscité des critiques, notamment de la part de Sabrina Apitz-Grossman, qui questionne le choix de privilégier des économies plutôt que de sauver des vies. Elle a comparé cette situation à l’achat controversé d’un avion à réaction par le premier ministre ontarien Doug Ford en 2024, pour un coût de 29 millions de dollars, avant que celui-ci ne soit rapidement revendu. Le gouvernement ontarien a précisé que la règle actuelle ne vise pas à bloquer systématiquement les traitements à l’étranger, mais à éviter que des financements ponctuels n’affaiblissent les incitations pour les fabricants à soumettre leurs médicaments à l’évaluation canadienne.

Cas similaire et contradictions

Le cas de Sabrina Apitz-Grossman n’est pas isolé. Un Ontarien de 37 ans, Alex Shved, a obtenu gain de cause en justice en 2026 pour obtenir un traitement contre son cancer à l’étranger, après que les tribunaux aient jugé que le refus initial de l’Assurance-santé était discriminatoire. Cependant, la victoire de Shved a été de courte durée : la ministre Jones a modifié les règles peu après pour restreindre drastiquement l’accès aux traitements à l’étranger. Cette volte-face a déçu de nombreux patients et leurs familles, qui espéraient que la décision de justice ouvrirait une brèche. Le fabricant de Tecelra, le traitement recherché par Sabrina, a indiqué qu’il ne prévoyait pas soumettre son médicament à une évaluation au Canada, ce qui rend le processus d’examen mentionné par l’Ontario inapplicable dans son cas. Pourtant, la province maintient son refus, invoquant le risque de miner les incitations pour d’autres fabricants.

Ce que ça pourrait changer

Sabrina Apitz-Grossman, qui se sent « terriblement coupable » de réclamer un traitement aussi coûteux, incarne la tension entre les impératifs économiques et les besoins médicaux urgents. Elle exprime sa frustration face à une société qui semble accepter de ne pas sauver des vies pour des raisons budgétaires, tout en soulignant que les économies réalisées ne bénéficient pas directement aux patients. Son oncologue a confirmé que *Tecelra* représente pour elle une chance unique de survie, avec des résultats prometteurs pour près de 50 % des patients similaires. Pourtant, malgré les appels et les recours, l’Assurance-santé de l’Ontario maintient sa position, laissant Sabrina et d’autres patients dans une situation désespérée. Son combat met en lumière les limites du système de santé canadien, où l’accès aux soins innovants dépend souvent de critères administratifs plutôt que de besoins médicaux immédiats.

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