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Culture

Quelle souveraineté énergétique européenne en 2040 ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 6 j

Crises géopolitiques, flambée des prix : la dépendance énergétique fragilise l’Europe. Comment conquérir sa souveraineté en accélérant l’électrification sans remplacer une dépendance aux hydrocarbures par une autre, notamment envers la Chine ? Et à quel rythme avancer ?.

Crises énergétiques récentes

Depuis 2018, l’Europe subit des chocs énergétiques majeurs qui ont révélé sa vulnérabilité. En 2018, la flambée des prix du pétrole a contribué à la crise des gilets jaunes en France, illustrant la sensibilité des économies européennes aux variations des cours des hydrocarbures. En 2022, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a perturbé le marché du gaz naturel, provoquant une hausse brutale des prix et des tensions sur l’approvisionnement. En 2026, la fermeture du détroit d’Ormuz, déclenchée par un conflit entre les États-Unis et l’Iran, aggrave à nouveau la situation en bloquant une route majeure pour le transport du pétrole. Ces crises successives montrent que la dépendance aux énergies fossiles importées expose l’Europe à des risques géopolitiques et économiques majeurs, avec des conséquences directes sur le pouvoir d’achat et la stabilité des États.

Objectifs climatiques ambitieux

Face à cette dépendance, l’Europe a fixé des objectifs climatiques stricts pour réduire sa vulnérabilité énergétique. D’ici 2040, l’Union européenne vise une réduction de 90 % de ses émissions de gaz à effet de serre (GES), un objectif qui implique une transformation radicale de son système énergétique. La France, de son côté, s’est engagée à diminuer la part des énergies fossiles dans son mix énergétique de 60 % à 30 % d’ici 2035. Le mix énergétique désigne la répartition des différentes sources d’énergie (pétrole, gaz, charbon, nucléaire, renouvelables, etc.) utilisées pour répondre aux besoins d’un pays. Ces cibles, bien qu’ambitieuses, nécessitent une accélération des politiques publiques et des investissements massifs pour remplacer les énergies fossiles par des alternatives décarbonées, comme l’électricité d’origine renouvelable ou nucléaire.

L’électrification comme solution

Pour atteindre ses objectifs, l’Europe mise sur l’électrification de son économie, c’est-à-dire le remplacement progressif des énergies fossiles par l’électricité dans les secteurs clés comme les transports, l’industrie et le chauffage. Cette transition repose sur le développement des énergies renouvelables (éolien, solaire, hydraulique) et du nucléaire, ainsi que sur l’amélioration des réseaux électriques pour les rendre plus résilients. Cependant, cette stratégie soulève des défis majeurs. Elle exige des investissements colossaux, une coordination renforcée entre les États membres et une adaptation des infrastructures existantes. Par exemple, le déploiement massif de véhicules électriques nécessite non seulement des usines de batteries, mais aussi un réseau de bornes de recharge dense et fiable.

Dépendance à la Chine : un nouveau risque

L’électrification de l’Europe s’accompagne d’un autre défi : la dépendance potentielle à la Chine pour les technologies clés. La Chine domine aujourd’hui la production de véhicules électriques et de batteries, grâce à des coûts de production compétitifs. Si l’Europe accélère sa transition vers l’électrique sans développer ses propres capacités industrielles, elle pourrait remplacer une dépendance aux hydrocarbures par une dépendance aux technologies chinoises. Cette situation pose un dilemme : comment concilier l’urgence climatique et la nécessité de souveraineté industrielle ? Les experts soulignent la nécessité de soutenir l’innovation locale et de diversifier les approvisionnements en matières premières critiques, comme le lithium ou le cobalt, essentiels pour les batteries.

Rythmes et scénarios divergents

Tous les États membres de l’UE ne progressent pas au même rythme vers la souveraineté énergétique. Certains pays, comme l’Allemagne, misent davantage sur les énergies renouvelables, tandis que d’autres, comme la France, privilégient le nucléaire pour assurer une production d’électricité stable et décarbonée. Ces divergences reflètent des priorités nationales, des ressources disponibles et des choix politiques différents. Par exemple, la France dispose d’un parc nucléaire important, ce qui lui permet de réduire rapidement sa dépendance aux énergies fossiles, tandis que des pays comme l’Italie ou l’Espagne misent davantage sur l’éolien et le solaire. Cette hétérogénéité complique la mise en place d’une stratégie énergétique européenne unifiée et nécessite des mécanismes de solidarité et de coopération renforcée.

Ce que ça pourrait changer

Parmi les acteurs clés de cette transition, Patrice Geoffron, professeur d’économie et directeur du *Centre de Géopolitique de l’Énergie et des Matières Premières* (CGEMP) à l’Université Paris Dauphine-PSL, joue un rôle central. Le CGEMP est un laboratoire de recherche qui analyse les enjeux géopolitiques et économiques liés à l’énergie et aux matières premières. Ses travaux aident à éclairer les décisions politiques en fournissant des scénarios et des recommandations pour atteindre la souveraineté énergétique. Les institutions européennes, comme la Commission européenne, jouent également un rôle majeur en coordonnant les politiques nationales, en finançant des projets transfrontaliers et en fixant des normes communes pour accélérer la transition énergétique.

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