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Environnement

Nourrir les poissons d'élevage à base d'insectes ou de soja : l'idée miraculeuse qui s'est effondrée

Reporterre · mis à jour il y a 28 j

Pour en finir avec la farine de poissons sauvages, l'aquaculture mise sur celles à base de soja et d'insectes pour nourrir ses poissons d'élevage. Elles sont loin d'être l'alternative miraculeuse qui permettrait de verdir une industrie anti-écologique et antisociale.

Élevage de poissons et alimentation

L'élevage de poissons, notamment de saumons, repose traditionnellement sur l'utilisation de farine et d'huile de poisson issues de la pêche industrielle. Ces ressources, extraites de petits poissons sauvages comme les anchois ou les sardines, sont transformées en aliments pour les poissons d'élevage. Cependant, cette pratique pose deux problèmes majeurs : elle contribue à la surpêche, menaçant les écosystèmes marins, et elle est coûteuse en raison de la raréfaction de ces ressources. Face à ces enjeux, l'industrie aquacole a cherché des alternatives pour nourrir les poissons, comme l'utilisation de protéines végétales (soja) ou d'insectes, présentées comme des solutions durables et économiques.

L'alternative du soja

Le soja est devenu une alternative courante pour remplacer partiellement ou totalement la farine de poisson dans l'alimentation des poissons d'élevage. Cette plante, riche en protéines, est cultivée massivement, notamment au Brésil, et son coût est inférieur à celui des ressources marines. En 2020, environ 70 % des protéines végétales utilisées dans l'aquaculture mondiale provenaient du soja. Cependant, cette solution soulève plusieurs problèmes : le soja est souvent cultivé sur des terres défrichées, contribuant à la déforestation en Amazonie, et sa culture intensive nécessite l'usage de pesticides et d'engrais, ce qui pose des questions environnementales. De plus, les poissons carnivores comme le saumon ont du mal à digérer les protéines végétales, ce qui affecte leur croissance et leur santé.

L'essor des insectes

Face aux limites du soja, l'industrie aquacole s'est tournée vers les insectes comme source de protéines pour nourrir les poissons. Les mouches soldat noires (Hermetia illucens) et les larves de mouches domestiques sont particulièrement étudiées pour leur capacité à convertir des déchets organiques en protéines de haute qualité. En Europe, des entreprises comme Ÿnsect ou Protix ont développé des fermes d'élevage d'insectes à grande échelle. En 2021, l'Union européenne a autorisé l'utilisation de protéines d'insectes dans l'alimentation des poissons d'élevage, une première mondiale. Cependant, cette solution présente des défis : les coûts de production restent élevés, et la capacité de production à grande échelle est encore limitée.

Les limites économiques

Malgré les promesses des alternatives végétales et insectes, leur adoption massive se heurte à des obstacles économiques. Le prix des protéines d'insectes reste bien plus élevé que celui du soja ou de la farine de poisson. Par exemple, en 2022, le coût des protéines d'insectes était estimé à environ 5 000 € par tonne, contre 1 000 € pour le soja et 1 500 € pour la farine de poisson. De plus, les investissements nécessaires pour construire des fermes d'insectes ou adapter les usines d'aliments pour poissons sont colossaux. Les acteurs de l'industrie aquacole, comme les entreprises Cargill ou Skretting, hésitent donc à abandonner totalement les farines de poisson, malgré leur impact environnemental.

L'échec relatif des alternatives

En 2023, une étude publiée par l'organisation Feedback EU a révélé que les alternatives au soja et aux insectes n'ont pas tenu leurs promesses. Seulement 1 % des aliments pour poissons d'élevage en Europe provenaient d'insectes, et moins de 10 % contenaient des protéines végétales autres que le soja. Les farines de poisson restent donc dominantes, représentant encore 50 % des ingrédients utilisés dans l'aquaculture mondiale. Les raisons de cet échec relatif sont multiples : coûts prohibitifs, manque d'efficacité nutritionnelle pour les poissons carnivores, et absence de cadre réglementaire incitatif. Les consommateurs, de leur côté, ne sont pas toujours prêts à payer plus cher pour des poissons nourris avec des alternatives durables.

Ce que ça pourrait changer

L'échec partiel des alternatives comme le soja ou les insectes laisse l'industrie aquacole face à un dilemme environnemental. La pêche industrielle, qui fournit encore la majorité des farines de poisson, reste une menace pour les écosystèmes marins. Par exemple, en 2020, environ 20 millions de tonnes de petits poissons sauvages étaient capturées chaque année pour nourrir les poissons d'élevage. De plus, la culture intensive de soja en Amérique du Sud continue de contribuer à la déforestation et à la perte de biodiversité. Les solutions durables, comme les insectes ou les algues, existent, mais leur adoption à grande échelle se heurte à des obstacles économiques et techniques, laissant le secteur dans une impasse environnementale.

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