Accusé d’abus sexuels, le procureur général de la CPI doit-il “partir ou rester” ?
Vendredi 24 juillet, les 125 États parties à la Cour pénale internationale votent sur le sort de Karim Khan. Accusé d’agressions sexuelles par une collaboratrice, le procureur a été suspendu et risque d’être démis.
La Cour pénale internationale (CPI), basée à La Haye aux Pays-Bas, traverse une crise majeure en juillet 2026. Fondée en 1998, cette institution est la seule au monde à pouvoir poursuivre des individus pour des crimes graves comme le génocide, les crimes contre l'humanité ou les crimes de guerre, lorsque les pays concernés ne le font pas. Le procureur général de la CPI, Karim Khan, un avocat britannique de 56 ans en poste depuis 2021, est accusé d'abus sexuels par une ancienne collaboratrice. Une décision cruciale doit être prise ce 24 juillet 2026 par l'Assemblée des États parties, composée de 125 membres, qui pourrait le démettre de ses fonctions. Cette affaire survient dans un contexte déjà tendu, marqué par des critiques répétées envers la CPI, notamment sur sa lenteur à rendre des verdicts ou son ciblage historique de personnalités africaines.
Karim Khan, procureur général de la CPI depuis 2021, est décrit comme un homme talentueux et courtois, mais aussi comme quelqu'un qui n'accepte pas facilement la critique. Avant les accusations d'abus sexuels, il était perçu comme un équilibriste capable de gérer les tensions au sein de l'institution. Cependant, depuis l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 et l'offensive israélienne qui a suivi à Gaza, la pression sur Khan s'est intensifiée. Ses collaborateurs rapportent des situations de stress extrême, avec des décisions difficiles à prendre. En mai 2024, il a pris une décision historique en demandant un mandat d'arrêt contre trois dirigeants du Hamas, le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et son ministre de la Défense de l'époque, une première pour la CPI qui vise un allié de l'Occident.
En mai 2024, une collaboratrice de Karim Khan, une avocate malaisienne de 39 ans, a commencé à signaler des comportements inappropriés de la part du procureur général, incluant des attouchements et des rapports sexuels forcés. Ces allégations ont été rendues publiques en juin 2024, déclenchant une crise majeure. Les États-Unis et Israël, qui ne sont pas membres de la CPI mais dont les ressortissants peuvent être poursuivis pour des crimes commis hors de leur territoire, ont accusé Khan de conflit d'intérêts. Ils estiment que les mandats d'arrêt contre les dirigeants israéliens visent à détourner l'attention des problèmes personnels du procureur. Khan, lui, nie toute faute et affirme être victime d'une campagne de discrédit pour l'empêcher de poursuivre Nétanyahou.
En mai 2025, Karim Khan s'est mis en retrait temporaire de ses fonctions, puis a été suspendu en juin 2025 à la suite d'un rapport des Nations unies. L'Assemblée des États parties doit désormais décider s'il a commis une faute grave justifiant sa destitution. Cette décision est complexe, car elle pourrait affaiblir la CPI, que ce soit en maintenant Khan en poste ou en le démettant. Si Khan est maintenu, la Cour risque de perdre en crédibilité en raison des accusations pesant sur lui. S'il est démis, la CPI pourrait être accusée de céder à la pression du camp pro-israélien. Les deux sujets, les accusations contre Khan et les mandats d'arrêt contre les dirigeants israéliens, sont difficiles à séparer, ce qui complique encore la situation.
La CPI a toujours été critiquée, notamment pour son manque de résultats concrets : en vingt ans d'existence, elle n'avait condamné que onze personnes, toutes africaines, ce qui lui a valu des accusations de néocolonialisme. Les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, ont toujours été méfiants envers la CPI, craignant pour leur souveraineté. Israël, qui n'est pas membre de la CPI, a également toujours rejeté l'autorité de cette institution. Ces tensions politiques se superposent à l'affaire Khan, rendant la situation encore plus délicate. La décision de l'Assemblée des États parties pourrait donc avoir des répercussions bien au-delà de la simple question de la destitution du procureur général.

