Le Canada et les États-Unis surveillent des navires de recherche chinois dans l’Arctique
L'apparition, chaque été, de ces brise-glace préoccupe de plus en plus la Défense canadienne..
Depuis deux semaines, le Canada et les États-Unis surveillent discrètement deux brise-glace de recherche chinois, le Xue Long (Dragon des neiges) et le Xue Long 2, qui naviguent dans les eaux de l'océan Arctique, au large de l'Alaska. Ces navires ont traversé en juillet la zone économique exclusive des États-Unis dans la mer de Béring. Un avion de surveillance canadien, le CP-140 de l'Aviation royale canadienne, est basé en Alaska depuis début juillet pour suivre leurs mouvements. Le ministère de la Défense nationale canadien a confirmé ces opérations, menées en collaboration avec les forces américaines. Actuellement, les navires se trouvent hors de la zone économique exclusive du Canada, c'est-à-dire en dehors des eaux territoriales où ce pays exerce des droits souverains sur les ressources et la réglementation des activités.
Le Canada a intensifié sa surveillance des eaux nordiques depuis l'année dernière sous l'Opération Latitude. Cette initiative coordonne les efforts militaires avec des alliés dans le Pacifique, notamment dans la mer de Béring. Pour renforcer cette surveillance, la Marine royale canadienne a déployé des navires comme la frégate HMCS Ottawa et des patrouilleurs extracôtiers, tels que le HMCS Max Bernays et le HMCS Robert Hampton Gray. Des avions de surveillance de l'armée de l'air, des membres du Commandement des Forces d'opérations spéciales et le brise-glace CCGS Des Groseilliers participent également à cette opération. Ces moyens visent à surveiller les activités maritimes dans l'Arctique, une région stratégique en raison de ses ressources et de son importance géopolitique.
La Chine affirme que ses brise-glace, comme le Xue Long et le Xue Long 2, sont utilisés uniquement pour des missions de recherche scientifique pacifique, comme l'étude des changements climatiques et la surveillance environnementale. Cependant, ces navires sont équipés de sonars perfectionnés et de bouées de télémesure, des technologies qui peuvent aussi servir à cartographier les fonds marins ou repérer les mouvements de sous-marins. Selon Richard Shimooka, expert en défense, ces dispositifs soulèvent des questions sur les véritables intentions de la Chine. Par exemple, cartographier les câbles de fibre optique sous-marins dans la mer de Béring pourrait être comparé à des activités similaires menées par la Russie dans d'autres régions stratégiques.
Le député conservateur James Bezan, membre du comité de la défense de la Chambre des communes, a souligné lors d'une visite en Arctique en juillet que la souveraineté du Canada dans cette région est menacée. Il a pointé l'augmentation des activités chinoises et russes, ainsi que leur coopération croissante dans le Grand Nord. Bezan a rappelé que la Russie et la Chine ne reconnaissent pas les revendications maritimes canadiennes, notamment sur le passage du Nord-Ouest. Il a insisté sur la nécessité d'investir davantage dans la défense de l'Arctique, en raison de ses ressources énergétiques et de son importance stratégique. Le gouvernement canadien a déjà commencé à moderniser sa flotte avec de nouveaux contre-torpilleurs et envisage l'acquisition de sous-marins adaptés à l'Arctique.
Malgré l'augmentation des moyens déployés, le Canada fait face à des limites opérationnelles en raison de l'âge de ses équipements. Les frégates de la classe *Halifax*, qui forment la colonne vertébrale de la Marine royale canadienne, ont entre 30 et 40 ans. Selon Richard Shimooka, cela restreint la capacité du pays à assurer une surveillance continue et efficace dans l'Arctique. Le Canada tente de compenser ces contraintes en coordonnant ses efforts avec ses alliés, notamment les États-Unis, mais ces limitations techniques et financières posent un défi pour la protection de ses intérêts dans une région de plus en plus convoitée.

