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Environnement

«Chaque année, des plus gros morceaux de roche tombent de la montagne» : le massif du Mont Blanc éprouvé par le réchauffement climatique

Vert.eco · mis à jour il y a 11 j

Le Mont Blanc n’échappe pas aux conséquences du changement climatique : les éboulements rocheux s’y multiplient avec la hausse des températures. Le 11 août, la mairie de Saint-Gervais-les-Bains a déclaré la fermeture administrative de deux refuges de la voie historique vers le sommet.

Mont Blanc en danger

Le massif du Mont Blanc, plus haut sommet d’Europe occidentale avec ses 4 805 mètres, subit de plein fouet les effets du réchauffement climatique. Chaque année, des pans entiers de roches se détachent de ses parois, un phénomène qui s’aggrave depuis les années 2000. En 2026, le massif a enregistré un record d’écroulements avec 450 événements, contre 300 en 2022. Ces chutes de pierres, autrefois rares, sont désormais fréquentes et menacent les alpinistes. Le phénomène est lié à la dégradation du permafrost, un sol gelé en permanence depuis des millénaires qui agit comme un ciment naturel maintenant les roches en place. Sous l’effet de la hausse des températures, ce sol fond, fragilisant les montagnes et provoquant des éboulements ou des écroulements selon leur taille.

Permafrost, clé des éboulements

Le permafrost (ou pergelisol) est une couche de sol ou de roche dont la température reste inférieure à 0°C pendant au moins deux années consécutives. Présent dans les régions polaires et les montagnes, il peut contenir de la glace en grande quantité. Dans le massif du Mont Blanc, ce sol gelé joue un rôle essentiel en maintenant les roches solidaires. Avec le réchauffement climatique, il fond progressivement, privant la montagne de son « ciment naturel ». En 2026, la dégradation du permafrost est si intense que les écroulements, autrefois mesurés en dizaines par an, atteignent désormais des centaines. Les scientifiques, comme Ludovic Ravanel (CNRS), soulignent que cette fonte s’accélère depuis les canicules de 2003 et 2015, devenant un indicateur visible du changement climatique.

Voie normale menacée

La voie normale du mont Blanc, itinéraire le plus fréquenté par les alpinistes (15 000 à 20 000 personnes par an), est devenue particulièrement dangereuse. Le couloir du Goûter, passage obligé pour atteindre le sommet, a été surnommé le « couloir de la mort » en raison des chutes de pierres continues et des accidents fréquents. En août 2026, trois alpinistes y ont perdu la vie. La mairie de Saint-Gervais-les-Bains a fermé les refuges du Goûter et de Tête Rousse pour dissuader les ascensions, tandis que les guides de Chamonix avaient déjà cessé d’emprunter cet itinéraire deux semaines plus tôt. Les conditions sont si dégradées que les refuges traditionnels, comme celui du Couvercle, voient leur fréquentation chuter en plein été, tandis que les périodes propices à l’alpinisme se réduisent.

25% d'itinéraires interdits

Dans le massif du Mont Blanc, comme dans ceux de la Vanoise ou des Écrins, 25 % des itinéraires d’alpinisme sont désormais considérés comme infréquentables l’été en raison du changement climatique. Ces fermetures sont dues à trois facteurs principaux : des dangers accrus (crevasses, écroulements), une difficulté technique devenue trop élevée, ou une perte d’attrait esthétique. Les alpinistes expérimentés, comme Jacques Mourey (géographe et guide), notent que les voies se transforment si rapidement qu’il est impossible d’utiliser des topo-guides anciens. Par exemple, l’arrête des Cosmiques n’est plus accessible en raison de crevasses trop larges, et la voie de la Tour ronde n’est plus praticable. Ces changements obligent les pratiquants à adapter leurs projets et à se renseigner quotidiennement sur l’état des itinéraires.

Nouveaux défis pour alpinistes

Face à l’instabilité croissante de la montagne, les alpinistes doivent revoir leurs habitudes. Les experts recommandent désormais de réaliser l’ascension du mont Blanc en trois jours au lieu de deux, afin de traverser le couloir du Goûter au petit matin, quand les chutes de pierres sont moins fréquentes. La haute saison s’est également déplacée : autrefois concentrée sur juillet-août, elle couvre désormais juin-juillet. Les conditions deviennent plus aléatoires, et les alpinistes doivent préparer leurs itinéraires avec soin, en contactant les gardiens de refuges pour obtenir des informations actualisées. Malgré ces précautions, le nombre d’accidents ne augmente pas, car la communauté montagnarde s’adapte et évite les secteurs trop dangereux.

Guides adaptent leur offre

Les guides de haute montagne de Chamonix ont dû repenser leur modèle économique pour faire face à la dégradation des conditions. Depuis 2017, la Compagnie des guides a divisé par deux son activité sur le mont Blanc, une mesure prise en réponse à la fois aux risques climatiques et à la surfréquentation. Aujourd’hui, elle propose davantage de stages d’apprentissage (escalade, randonnée, canyoning) et met l’accent sur l’expérience plutôt que sur la conquête de sommets. Didier Tiberghien, directeur technique, explique que l’objectif est de changer la culture de la montagne : « Le client ne vient plus pour un sommet inaccessible, mais pour partager une expérience et apprendre un savoir-faire. » Cette stratégie vise à réduire la dépendance aux conditions météorologiques et à diversifier les activités proposées.

Refuges face à la sécheresse

Les gardiens de refuges de haute montagne, comme ceux du Couvercle ou de Tête Rousse, doivent gérer une ressource de plus en plus rare : l’eau. La sécheresse historique de 2026 a placé ces acteurs dans une situation précaire, avec une menace constante de rupture d’approvisionnement. Maria Isabel Lemeur (FFCAM) décrit cette situation comme une « épée de Damoclès ». Pour s’adapter, les refuges ont installé des réserves d’eau et des toilettes sèches, permettant une autonomie de plusieurs semaines. Cependant, la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM) souligne que ces adaptations prennent du temps et nécessitent des budgets importants. La fréquentation des refuges devient également plus irrégulière, avec des pics en début et fin de saison, et des creux en plein été lorsque les itinéraires sont trop dangereux.

Ce que ça pourrait changer

Malgré la dégradation des conditions, les acteurs de la montagne du Mont Blanc ne prévoient pas la fin de l’alpinisme, mais une transformation profonde de ses pratiques. Ludovic Ravanel (CNRS) estime que « l’alpinisme ne va pas mourir ni dans dix ans ni dans 100 ans », mais que ses modalités vont continuer à évoluer. Les guides et scientifiques insistent sur la nécessité de repenser la relation à la montagne : privilégier des sommets moins célèbres mais accessibles, comme l’aiguille de la Bérengère (3 425 m), ou accepter que certains itinéraires ne soient plus praticables. Didier Tiberghien résume cette approche : « Peu importe la montagne que l’on gravit, les règles du jeu ont changé. » L’enjeu est désormais de concilier passion pour la haute montagne et adaptation à un environnement en mutation.

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