Lutte contre les fraudes en ligne : les Gafam mises à contribution
Elles ont coûté à leurs victimes 516 millions d'euros au total l'an dernier, en hausse de 34% sur un an. Les fraudes par manipulation n'en finissent pas de se multiplier, et elles partent souvent des plateformes numériques.
En 2025, les fraudes en ligne par manipulation ont coûté 516 millions d’euros à leurs victimes en France, soit une augmentation de 34 % par rapport à l’année précédente. Ces arnaques, souvent appelées fraudes par manipulation, dépassent désormais les fraudes classiques à la carte bancaire. Elles incluent notamment les arnaques au faux conseiller bancaire, où des escrocs se font passer pour des employés d’une banque afin d’obtenir des informations personnelles ou financières. Les victimes sont généralement contactées via des messageries instantanées comme WhatsApp ou des réseaux sociaux (Facebook, Instagram, TikTok), où des publicités frauduleuses ou des messages trompeurs les incitent à cliquer sur un lien menant à un site-miroir. Ce dernier imite l’apparence du site officiel de leur banque pour voler leurs identifiants ou leurs données bancaires.
Les géants du web, surnommés les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), sont désormais sollicités pour participer activement à la lutte contre ces fraudes. Ces entreprises, dont les plateformes sont souvent utilisées par les escrocs pour diffuser leurs arnaques, sont appelées à renforcer la détection et le blocage des contenus frauduleux. Bien que la Banque de France ne puisse pas les sanctionner directement, elle compte sur leur bonne volonté, encouragée par la DSA (Digital Services Act ou Directive européenne sur les services numériques), une réglementation européenne qui impose aux plateformes numériques de mieux réguler les contenus illégaux. Les Gafam utilisent de plus en plus l’intelligence artificielle pour identifier et bloquer les tentatives de fraude, en s’appuyant sur des modèles entraînés avec des cas d’arnaques déjà signalés.
La lutte contre ces fraudes repose sur une collaboration entre les banques, les autorités comme la Banque de France et les Gafam. Julien Lassalle, secrétaire de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (attaché à la Banque de France), souligne l’importance d’une communication fluide entre ces acteurs. Les banques fournissent des exemples d’arnaques détectées, ce qui permet aux algorithmes d’intelligence artificielle des Gafam de devenir plus efficaces pour repérer et neutraliser les nouvelles tentatives de fraude. Cette coopération rappelle celle mise en place précédemment avec les opérateurs téléphoniques, qui avaient dû s’adapter pour limiter les usurpations d’identité via les SMS ou les appels.
Malgré les efforts des Gafam, des défis persistent. Les escrocs adaptent sans cesse leurs méthodes pour contourner les systèmes de détection, ce qui oblige les plateformes à constamment mettre à jour leurs outils. Par ailleurs, les Gafam doivent concilier leur engagement contre la fraude avec leurs intérêts économiques, comme la publicité, qui peut parfois être utilisée pour diffuser des arnaques. La *DSA* joue un rôle clé en les incitant à agir, mais son application reste inégale selon les entreprises. Enfin, aucune génération ni plateforme n’est épargnée par ces fraudes, ce qui rend la lutte complexe et nécessite une vigilance constante de la part des utilisateurs.

