Arbres et champignons : un dialogue fertile
Sous terre, arbres et champignons échangent sucres contre nutriments via les mycorhizes. Dans l'air, l'arbre émet des molécules volatiles surtout pour lui-même, parfois perçues par ses voisins proches.
Les arbres et les champignons entretiennent une relation symbiotique vieille de centaines de millions d’années, bien avant l’apparition des racines chez les plantes. Cette collaboration, appelée mycorhize, se manifeste par un échange souterrain de ressources. Les arbres fournissent aux champignons des sucres produits par la photosynthèse, tandis que les champignons, grâce à leurs filaments microscopiques, captent des nutriments comme l’azote ou le phosphore dans le sol et les transmettent à l’arbre. Cette alliance est si ancienne qu’elle a façonné l’évolution des écosystèmes terrestres. Le scientifique Francis Martin, directeur de recherche émérite et spécialiste des forêts, souligne que cette interaction est essentielle à la survie des arbres, notamment dans des environnements difficiles comme les littoraux méditerranéens ou la taïga arctique.
Sous nos pieds, les racines des arbres ne sont pas isolées : elles sont reliées entre elles par un vaste réseau de filaments fongiques, formant ce que les chercheurs appellent le réseau mycorhizien. Ce tapis fongique s’étend sur des kilomètres et relie les arbres d’une même forêt, voire d’espèces différentes, créant une véritable société souterraine. Chaque arbre peut être connecté à des centaines d’autres via ces filaments, qui agissent comme des autoroutes pour les nutriments et les signaux chimiques. Par exemple, un chêne peut partager jusqu’à 20 % de ses sucres avec des champignons, qui les redistribuent à d’autres arbres, y compris des espèces différentes. Ce réseau permet une coopération entre les arbres, où les plus robustes aident les plus vulnérables, notamment en cas de sécheresse ou de stress environnemental.
En plus de leur dialogue souterrain, les arbres échangent des molécules volatiles dans l’air, mais ces échanges sont moins structurés que ceux du réseau mycorhizien. Ils servent principalement à émettre des signaux pour eux-mêmes, comme des phéromones pour attirer les pollinisateurs ou repousser les prédateurs. Parfois, ces molécules sont perçues par des arbres voisins, mais cette communication reste ponctuelle et moins systématique que l’échange souterrain. Les chercheurs estiment que ces signaux aériens sont surtout utilisés pour des interactions locales, contrairement à la mycorhize, qui opère à l’échelle de la forêt entière. Cette distinction montre que le réseau souterrain est bien plus efficace pour une communication à long terme et à grande échelle.
Face aux défis climatiques actuels, comme les sécheresses ou les incendies, le réseau mycorhizien pourrait jouer un rôle clé dans la résilience des forêts. Les champignons, en améliorant l’absorption d’eau et de nutriments par les arbres, aident ces derniers à mieux résister aux conditions extrêmes. Par exemple, lors d’un épisode de sécheresse, un arbre connecté à un réseau mycorhizien dense peut survivre plus longtemps qu’un arbre isolé, car il bénéficie des ressources partagées par ses voisins. Francis Martin explique que ces liens invisibles pourraient ainsi sauver des forêts entières en facilitant la coopération entre les arbres. Cette résilience est particulièrement importante dans les régions touchées par des incendies répétés, où la régénération des écosystèmes dépend en grande partie de la santé du réseau fongique.
Francis Martin, directeur de recherche émérite et spécialiste des forêts, a consacré sa carrière à étudier ces interactions entre arbres et champignons. Ses travaux, menés dans des environnements variés comme la Méditerranée ou l’Arctique, ont permis de mieux comprendre le fonctionnement du réseau mycorhizien. Il est notamment l’auteur de plusieurs ouvrages, dont *L’Arbre-Monde* (Belin, 2024) et *La Forêt hyperconnectée* (La Salamandre, 2022), qui explorent ces dynamiques. Martin souligne que ces recherches ne sont pas seulement théoriques : elles pourraient avoir des applications pratiques, comme la reforestation assistée par des champignons mycorhiziens pour restaurer des écosystèmes dégradés. Son approche combine science fondamentale et vulgarisation, comme en témoignent ses articles sur *The Conversation* et son livre *Entrer en forêt* (Tana Éditions, 2026).

