En Indonésie, le Conseil des oulémas déclare le travestissement “haram”
Pour célébrer le jour de l’indépendance du pays, le 17 août, les Indonésiens ont coutume de participer à de nombreux jeux et défilés populaires, impliquant parfois de se déguiser dans un autre genre que le sien. Une pratique condamnée par les autorités religieuses musulmanes, sur fond de montée des persécutions anti-LGBTQI..
Le Conseil des oulémas d’Indonésie est la plus haute autorité religieuse du pays, qui représente environ 90 % de la population musulmane. Ce conseil joue un rôle central dans la définition des normes sociales et religieuses en Indonésie, un État officiellement laïc mais où l’islam influence fortement les lois et les mœurs. Le 8 août 2026, cette institution a publié une déclaration religieuse (fatwa) qualifiant le travestissement de haram, un terme arabe signifiant « interdit » en islam. Cette décision s’inscrit dans un contexte de montée des tensions envers les personnes LGBTQI en Indonésie, où les autorités religieuses et politiques multiplient les mesures restrictives à leur encontre.
La déclaration du Conseil des oulémas interdit aux hommes de porter des vêtements féminins et aux femmes de porter des vêtements masculins, les qualifiant de comportements déviants violant la charia (loi islamique) et les normes sociales indonésiennes. Cette interdiction vise particulièrement les traditions festives liées à l’indépendance du pays, célébrée chaque 17 août. Lors de ces festivités, il est courant que des hommes se déguisent en femmes pour participer à des jeux ou des défilés, une pratique perçue comme humoristique et sans lien avec une identité de genre. Cependant, le Conseil y voit une menace, associant cette tradition à une campagne clandestine du mouvement LGBTQI, qu’il désigne sous l’acronyme LGSP (lesbiennes, gays, sodomie et obscénité).
Le 17 août marque l’anniversaire de l’indépendance de l’Indonésie, obtenue en 1945 après des siècles de colonisation. Les célébrations incluent des jeux populaires comme le tir à la corde ou la course en sac, ainsi que des défilés où les participants se déguisent parfois en travestis. Ces traditions, bien que festives et sans connotation politique ou identitaire, sont désormais ciblées par les autorités religieuses. Le Jakarta Post, un quotidien indonésien, souligne que ces déguisements ne constituent pas une affirmation d’identité de genre, mais le Conseil des oulémas les considère comme une violation des valeurs islamiques et des normes sociales du pays.
Depuis plusieurs années, l’Indonésie observe une augmentation des discriminations et des persécutions envers les personnes LGBTQI. En juillet 2026, des rassemblements anti-LGBTQI ont eu lieu à Bogor, une ville indonésienne. En octobre 2025, le gouvernement a classé la culture LGBTQI parmi les menaces non militaires, au même titre que le terrorisme ou le trafic de ressources naturelles. Cette décision a été critiquée par des militants comme Riska Carolina, de l’Alliance des femmes indonésiennes (API), qui dénonce une hausse des discours de haine et des discriminations dans les services publics, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation.
Le Conseil des oulémas soutient activement une proposition de loi visant à pénaliser les personnes LGBTQI ainsi que leurs défenseurs. Cette loi s’ajouterait à un arsenal juridique déjà répressif, où les droits des personnes LGBTQI sont régulièrement bafoués. Les militants craignent que cette législation ne renforce encore davantage la stigmatisation et les violences envers cette communauté. En Indonésie, où l’homosexualité n’est pas explicitement criminalisée au niveau national, des régions appliquent déjà des lois locales inspirées de l’islam pour réprimer les comportements perçus comme contraires aux valeurs religieuses.

