À l’école, les arts peuvent-ils libérer la parole des enfants sur les violences ?
La médiation artistique peut aider à représenter ce qui n’arrive pas à se dire. Vladimir Srajber/Pexels , CC BY L’ESSENTIEL La pratique artistique permettrait aux enfants de réguler leurs émotions.
Les pratiques artistiques à l’école, comme le dessin, le théâtre ou la lecture d’albums jeunesse, permettraient aux enfants de mieux gérer leurs émotions, notamment la colère. Une revue de littérature publiée en 2026 dans la revue Future souligne que ces activités aident à réguler les émotions, un facteur clé pour prévenir les comportements violents. Cependant, les études disponibles ne démontrent pas encore clairement que l’art seul réduit directement les actes de violence chez les élèves. Les recherches montrent que l’art agit surtout sur les précurseurs de l’agressivité, comme les difficultés à contrôler ses émotions, mais son impact sur la baisse des comportements violents reste à prouver.
Les enfants victimes ou témoins de violences éprouvent souvent des difficultés à en parler. Plusieurs obstacles sont identifiés : la honte, la peur des conséquences pour eux ou leur famille, l’attachement à l’auteur (souvent un proche) et, pour les plus jeunes, l’absence de mots pour décrire ce qu’ils ont subi. Par exemple, un enfant de 5 ans peut ne pas comprendre que ce qu’il vit n’est pas normal ou ne pas savoir comment l’exprimer. Ces blocages rendent les programmes classiques de sensibilisation difficiles à mettre en œuvre, car aborder directement la violence peut placer l’enfant dans une situation inconfortable face à ses camarades.
La médiation artistique (théâtre, littérature, arts plastiques) offre une solution pour contourner ces obstacles. Elle permet aux enfants d’aborder la violence de manière indirecte, en s’identifiant à des personnages ou des situations fictives. Par exemple, une histoire ou une œuvre d’art peut créer un espace protégé où l’enfant reconnaît une situation violente sans avoir à se désigner lui-même. Ce processus, appelé dissonance, déclenche des émotions comme l’empathie ou la fierté, qui favorisent ensuite la régulation émotionnelle et la coopération en classe. L’enfant passe ainsi d’un rôle passif (victime ou témoin) à une projection active, capable de reconnaître la violence et d’en parler.
Les autrices proposent un modèle en cinq étapes pour expliquer comment une œuvre artistique peut aider un enfant à reconnaître et verbaliser une violence. D’abord, un support (histoire, image) rompt avec le quotidien de la classe. Ensuite, l’enfant s’identifie à ce support, perçoit une dissonance (un écart entre ce qui est normal et ce qui ne l’est pas), puis résout cette dissonance en créant ou en s’immergeant dans le récit. Ces étapes génèrent des émotions positives (empathie, fierté) qui, à leur tour, favorisent la régulation émotionnelle et la capacité à agir face à la violence. Ce modèle reste à valider scientifiquement.
Les études disponibles présentent deux angles morts majeurs. D’abord, elles ne couvrent presque pas la prévention des violences sexuelles, un enjeu pourtant crucial à l’école. Ensuite, il n’existe pas d’outils validés pour mesurer chez les jeunes enfants leurs croyances sur la violence ou leur capacité à se projeter face au danger. Les recherches actuelles se concentrent sur six pays seulement, ce qui limite la généralisation des résultats à d’autres cultures. Par exemple, une étude menée auprès de plus de 10 000 élèves a montré une baisse des sanctions disciplinaires, mais la part spécifique de l’art dans ce résultat reste indéterminée.
Pour combler ces lacunes, un projet nommé PREVIOS est en cours de développement. Il implique plusieurs pays (France, Italie, Pérou) et vise à comparer différents dispositifs de médiation artistique (littérature jeunesse, arts plastiques) sur une période d’au moins six mois. L’objectif est de créer de nouveaux outils pour évaluer l’efficacité de ces programmes, comme des vignettes illustrées ou des scénarios graphiques où l’enfant doit se positionner face à une situation de violence. L’enjeu n’est plus seulement de réduire la violence, mais de déterminer si l’art peut faciliter la transmission des messages de prévention et aider les enfants à reconnaître, imaginer et agir face à la violence.
Des organisations comme l’*Organisation mondiale de la santé (OMS)*, l’*Unesco* et l’*Unicef* encouragent l’utilisation des arts dans les programmes scolaires de prévention des violences. En France, les nouveaux livrets d’éducation à la vie affective et relationnelle (*EVAR*) intègrent des médiations culturelles, comme des albums de jeunesse, du théâtre ou des œuvres d’art, pour aborder les émotions, le consentement et le repérage des violences. Ces initiatives s’appuient sur l’idée que l’art peut rendre ces sujets plus accessibles et moins intimidants pour les enfants.

