Direct-to-cell : la guerre des fréquences bat son plein dans les communications par satellite
Pour communiquer directement avec les terminaux, les satellites ont besoin d’avoir des fréquences compatibles avec les puces des smartphones. SpaceX veut imposer Starlink et sort le chéquier à coups de milliards de dollars pour des fréquences.
Depuis des décennies, la téléphonie mobile repose sur un réseau d'antennes relais installées au sol pour couvrir la population, avec des zones blanches où le signal est absent. Une nouvelle technologie, appelée direct-to-device ou direct-to-cell, émerge depuis quelques années. Contrairement au système traditionnel, cette méthode utilise des satellites en orbite à quelques centaines de kilomètres de la Terre pour transmettre directement les communications vers les smartphones. Cela permet de réduire les zones blanches et d'améliorer la couverture, notamment dans les régions isolées ou en mouvement. Par exemple, un smartphone peut désormais dialoguer directement avec un satellite, une prouesse technique rendue possible par des innovations en matière de puissance d'émission et de réception des appareils mobiles.
Que ce soit pour les antennes terrestres ou les satellites, les fréquences sont au cœur des systèmes de télécommunication. En France et dans le monde, leur utilisation est strictement réglementée par des autorités publiques. Certaines fréquences, comme celles utilisées pour la 5G ou les communications par satellite, sont particulièrement prisées et font l'objet d'enchères publiques où les opérateurs paient des sommes très élevées pour en obtenir l'usage. Par exemple, en France, l'attribution de ces fréquences peut coûter des centaines de millions d'euros. Ces fréquences sont limitées et leur gestion est cruciale pour éviter les interférences entre les différents réseaux et services.
Le 7 février 2025, quatre grands opérateurs européens – Deutsche Telekom, Orange, Telefónica et Vodafone – ont signé une lettre d'intention pour étudier une candidature commune visant à obtenir des fréquences dédiées aux Services Mobiles par Satellite (MSS) en Europe. Cette initiative s'inscrit dans une volonté de renforcer la souveraineté technologique de l'Europe en matière de connectivité. Les opérateurs soulignent que cette collaboration permettra à tous les acteurs du marché d'accéder de manière équitable aux ressources nécessaires pour proposer des services direct-to-device à leurs clients, sans discrimination.
La veille de l'annonce des opérateurs européens, l'ambassadeur américain auprès de l'Union européenne, Andrew Puzder, a mis en garde contre d'éventuelles représailles dévastatrices si l'Europe restreint l'accès au marché des entreprises américaines, comme SpaceX d'Elon Musk, sur certaines parties du marché des communications par satellite. Cette déclaration, rapportée par le Financial Times, illustre les tensions entre l'Europe et les États-Unis autour de la régulation des fréquences et de la concurrence dans le secteur spatial. SpaceX, avec sa constellation de satellites Starlink, est un acteur majeur dans ce domaine et pourrait être directement affecté par les décisions européennes.
Malgré les tensions géopolitiques, certains opérateurs européens, comme Orange et Deutsche Telekom, ont déjà établi des partenariats avec des entreprises américaines pour développer des solutions de téléphonie par satellite. Ces collaborations montrent que, malgré les rivalités, les acteurs du secteur cherchent à mutualiser leurs ressources et leurs expertises pour répondre aux besoins croissants en connectivité, notamment dans les zones mal desservies par les réseaux terrestres. Ces alliances pourraient également permettre de partager les coûts élevés liés au déploiement des infrastructures spatiales et à l'acquisition des fréquences.

