Radios communautaires au Honduras : transmettre une langue en voie de disparition
Le peuple garifuna du Honduras veut préserver sa langue. Bien qu'inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco depuis 2008, elle se perd peu à peu.
Les Garifunas sont une communauté afro-descendante originaire d’Amérique centrale, principalement installée sur la côte caraïbe du Honduras. Leur histoire remonte au XVIIIe siècle, lorsque des Africains déportés pendant l’esclavage ont fui les plantations de l’île de Saint-Vincent et se sont installés au Honduras après avoir résisté à la colonisation européenne. Leur langue, le garifuna, est une langue métissée issue du mélange entre des langues africaines, des langues autochtones des Caraïbes et des influences européennes, notamment le français, l’anglais et l’espagnol. Aujourd’hui, leur population est estimée à environ 600 000 personnes en Amérique centrale, mais leur langue recule fortement, avec moins de 100 000 locuteurs courants.
Le garifuna est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco depuis 2008, reconnaissant ainsi son importance culturelle et historique. Pourtant, cette langue est en danger de disparition. Moins de 100 000 personnes la parlent encore couramment, un chiffre qui diminue avec le temps. Plusieurs facteurs expliquent ce déclin, notamment une longue histoire de répression. Pendant des décennies, le garifuna a été interdit dans certaines écoles honduriennes, où les enfants étaient punis s’ils parlaient cette langue. Par exemple, Julian Kumu raconte qu’on leur disait que s’ils continuaient à parler ce « charabia », on leur mettait de la potasse dans la bouche, une substance amère utilisée comme punition.
Face à cette menace, des radios communautaires comme Radio Waruguma jouent un rôle clé dans la préservation du garifuna. Installée à Trujillo, sur la côte caraïbe du Honduras, cette radio diffuse ses émissions en espagnol et en garifuna, permettant ainsi de toucher un public plus large. Julian Kumu et Horacio Martínez, deux animateurs de la station, soulignent l’importance de ce média pour maintenir la langue vivante. Selon eux, la radio est un outil proche des gens, capable de communiquer directement avec les communautés locales. Elle permet de transmettre des savoirs, des traditions et une identité culturelle souvent marginalisée.
Malgré les interdictions et les pressions, la langue garifuna a survécu grâce à la transmission familiale. Horacio Martínez explique que, dans les foyers, on continuait à parler garifuna lors des repas ou des moments de partage, comme autour d’un thé ou d’un café. Cette pratique a permis de préserver la langue malgré les politiques assimilatrices. Cependant, ces efforts familiaux ne suffisent plus à eux seuls. Les jeunes générations s’éloignent progressivement de cette langue, parfois par honte ou par manque de valorisation. Mario Reyes, animateur à Radio Waruguma, regrette que certains jeunes aient honte de parler garifuna, une langue transmise par leurs ancêtres.
Ces dernières années, quelques écoles ont commencé à enseigner le garifuna, et des artistes ont contribué à sa promotion. Cependant, ces initiatives restent insuffisantes face à l’ampleur du déclin de la langue. Mario Reyes anime des émissions dédiées à l’apprentissage du garifuna et à son histoire, mais il souligne l’absence de médias garifunas à grande échelle. Selon lui, la création de journaux ou de programmes journalistiques en garifuna aurait pu permettre aux générations actuelles d’en apprendre davantage et de mieux s’approprier cette langue. À ce jour, ces projets n’ont pas encore abouti.
L’urgence de préserver le garifuna est réelle. Les radios communautaires comme Radio Waruguma représentent une solution locale, mais leur impact reste limité sans un soutien plus large des institutions et de la société. Les linguistes et les défenseurs de la culture garifuna appellent à des actions concrètes pour inverser la tendance. Sans cela, cette langue unique, riche de son histoire métissée, pourrait disparaître, emportant avec elle une partie essentielle de l’identité des Garifunas. Les efforts actuels, bien que louables, ne suffisent pas à garantir sa survie à long terme.

