Le projet d’alliance Canada-UE doit être défini et vite, dit l’ambassadrice française
Elle soutient également que la posture adoptée par le gouvernement canadien face à la Maison-Blanche est saluée à Paris..
L’ambassadrice française au Canada, Hélène Farnaud-Defromont, souligne la nécessité de concrétiser rapidement un projet d’alliance entre le Canada et l’Union européenne (UE). Elle estime que les discussions ne doivent pas s’éterniser sur des détails techniques, comme elle l’a exprimé lors d’une entrevue à l’ambassade de France à Ottawa. Selon elle, les termes utilisés par les dirigeants, comme membre associé (terme employé par Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne) ou alliance (préféré par le premier ministre canadien Mark Carney), renvoient à une même volonté politique. L’urgence s’explique par un contexte international instable, où le multilatéralisme – c’est-à-dire la coopération entre plusieurs pays plutôt qu’en solo – devient essentiel. Un sommet Canada-UE prévu à Montréal fin octobre 2026 pourrait marquer une étape clé dans ce rapprochement.
L’ambassadrice française met en avant la position adoptée par le gouvernement canadien face aux États-Unis, qui est perçue positivement en France. Elle décrit cette attitude comme à la fois calme et déterminée, face à des demandes jugées radicales de la part de la Maison-Blanche. Cette posture est particulièrement appréciée en Europe, où les tensions commerciales avec les États-Unis, comme les droits de douane imposés par l’administration de Donald Trump, créent des frictions. Les négociations entre le Canada et les États-Unis pour résoudre ces conflits sont actuellement au point mort. La France voit dans cette fermeté canadienne un exemple de diplomatie équilibrée, adaptée à un monde où les alliances traditionnelles sont remises en question.
L’ambassadrice a identifié plusieurs secteurs stratégiques où la France et le Canada pourraient renforcer leur coopération. Parmi eux figurent l’aéronautique, le spatial, la défense, la sécurité, l’énergie, le quantique (un domaine de la physique lié aux technologies de l’infiniment petit) et l’intelligence artificielle. Ces domaines sont déjà couverts par des ententes existantes, notamment dans la recherche scientifique et les nouvelles technologies. Un accord de libre-échange entre le Canada et l’UE, appelé AECG (Accord économique et commercial global) ou CETA en anglais, est en vigueur depuis 10 ans, bien que sa ratification ait été bloquée par 10 pays européens, dont la France. L’objectif est d’approfondir ces liens tout en explorant de nouvelles pistes de collaboration.
Le Québec, région canadienne francophone, est considéré comme un acteur clé dans ce rapprochement entre le Canada et l’UE. L’ambassadrice a rappelé que la France et le Québec entretiennent une relation privilégiée, indépendante des changements politiques internes au Québec. Cette relation, qualifiée de spéciale et directe, repose sur une longue histoire de coopération. Le Québec souhaite tirer profit de cette dynamique pour renforcer son rôle dans les échanges avec l’Europe. Cependant, l’ambassadrice a précisé que la France respecte la souveraineté du Québec et la relation franco-canadienne globale. Le nouveau gouvernement québécois, dirigé par Paul St-Pierre Plamondon, devra définir sa propre stratégie dans ce contexte.
L’un des objectifs du gouvernement canadien, dirigé par Mark Carney, est de réduire la dépendance économique du pays envers les États-Unis. Dans cette optique, le Canada cherche à diversifier ses partenariats, notamment en développant une alliance avec l’UE. La France soutient cette initiative et se positionne comme un partenaire fiable pour aider le Canada à atteindre cet objectif. Contrairement aux tensions commerciales avec les États-Unis, où les mesures de rétorsion (comme les représailles économiques) sont gérées au niveau bilatéral, la réponse aux conflits tarifaires au sein de l’UE est coordonnée au niveau européen. La France, en tant que membre clé de l’UE, joue un rôle central dans cette stratégie collective.

