Pour dépasser le Rafale, l'Allemagne s'allie à l'Espagne et la Suède tout en menaçant l'indépendance militaire française
Construire ensemble l'avion de combat du futur devait sceller l'autonomie militaire du continent. Le projet franco-allemand vient pourtant de voler en éclats.
En 2017, la France et l'Allemagne lancent conjointement le projet FCAS (Future Combat Air System), un programme visant à développer un avion de combat de sixième génération pour remplacer les avions actuels comme le Rafale français ou l'Eurofighter européen. Ce projet devait symboliser l'autonomie militaire de l'Europe, en réduisant la dépendance aux États-Unis ou à d'autres puissances étrangères pour les équipements de défense. Le FCAS était présenté comme une collaboration stratégique entre deux des plus grandes économies européennes, avec un budget initial estimé à plus de 100 milliards d'euros sur plusieurs décennies. L'objectif était de créer un avion doté de technologies avancées, comme l'intelligence artificielle, des capteurs ultra-performants et une capacité à opérer en réseau avec d'autres systèmes militaires.
Cependant, en 2024, le projet FCAS est au bord de l'effondrement en raison de divergences majeures entre la France et l'Allemagne. Berlin et Madrid annoncent leur intention de relancer un autre programme, baptisé FCAS européen (distinct du FCAS franco-allemand), en s'alliant avec la Suède. Cette décision marque un tournant, car elle exclut Paris du cœur du projet et menace l'indépendance militaire française. Les tensions portent notamment sur les choix technologiques, les parts de marché et le leadership industriel. L'Allemagne, qui avait initialement soutenu le FCAS avec la France, privilégie désormais une approche plus large, incluant l'Espagne et la Suède, pour renforcer la compétitivité européenne face aux États-Unis ou à la Chine.
L'Allemagne, l'Espagne et la Suède forment donc une nouvelle alliance pour développer leur propre avion de combat de sixième génération, en s'appuyant sur des technologies existantes et des partenariats industriels solides. L'Espagne, déjà partenaire dans le programme Eurofighter, apporte son expertise en aéronautique, tandis que la Suède, avec son avion Gripen, contribue à une base industrielle européenne diversifiée. Ce projet alternatif, souvent appelé FCAS européen, vise à créer un avion compétitif d'ici les années 2035-2040, avec un budget estimé à plusieurs dizaines de milliards d'euros. La Suède, en particulier, insiste sur l'autonomie stratégique de l'Europe, un argument qui séduit Berlin et Madrid.
Pour la France, cette nouvelle alliance représente une menace directe à son ambition d'indépendance militaire. Le pays mise sur le FCAS franco-allemand pour maintenir sa souveraineté dans le domaine de la défense, notamment face aux États-Unis, qui dominent le marché avec des avions comme le F-35. La perte de l'Allemagne comme partenaire clé affaiblit la position française et pourrait forcer Paris à revoir sa stratégie industrielle. De plus, cette division en Europe risque de diluer les efforts et d'augmenter les coûts pour chaque pays, tout en réduisant l'influence collective de l'Union européenne dans les négociations internationales sur les armements.
Ce revirement illustre les tensions croissantes au sein de l'Europe sur la question de la défense. Alors que la France défend une approche franco-allemande pour une autonomie stratégique, l'Allemagne et ses alliés privilégient une coopération plus large, incluant des pays comme la Suède, moins engagés dans les projets militaires européens traditionnels. Cette division reflète aussi des différences de vision : la France cherche à préserver son leadership industriel, tandis que l'Allemagne et ses partenaires veulent une Europe plus unie face aux défis géopolitiques, comme la guerre en Ukraine ou la montée en puissance de la Chine. Les conséquences de cette fragmentation pourraient se faire sentir dans les années à venir, notamment sur les exportations d'armements et la crédibilité de l'Europe comme acteur militaire indépendant.

