Notre ciel nocturne est en train de disparaître : un des enjeux du Sommet international sur l’espace 2026
Cette photo permet de distinguer non seulement les constellations d’Orion et du Taureau, ainsi que la Voie lactée, mais aussi les traînées laissées par de nombreux satellites traversant le ciel. Parmi ceux-ci figurent la Station spatiale internationale, des satellites de la mégaconstellation Starlink ainsi qu’une myriade d’autres satellites et corps de fusées.
Depuis quelques années, le ciel nocturne est de plus en plus envahi par des traînées lumineuses laissées par des satellites artificiels. En 2019, on comptait 2 200 satellites actifs en orbite, mais aujourd’hui, ils sont plus de 18 000, principalement grâce aux mégaconstellations comme Starlink. Ces satellites, dont les panneaux solaires réfléchissent la lumière du Soleil, créent une pollution lumineuse visible à l’œil nu, même dans les zones les plus reculées. Par exemple, une photo prise au-dessus du Pays de Galles montre des traînées de satellites superposées aux constellations et à la Voie lactée. Sans intervention, ce phénomène pourrait s’aggraver : d’ici 2030, le nombre de satellites pourrait atteindre 30 000 à 60 000, voire 160 000 avec les projets de centres de données spatiaux et de satellites réfléchissants comme Reflect Orbital.
Cette pollution lumineuse ne concerne pas seulement l’astronomie. Elle menace aussi la biodiversité : de nombreuses espèces nocturnes, comme les chauves-souris, les oiseaux migrateurs ou les insectes, dépendent de l’obscurité pour s’orienter, chasser ou se reproduire. Une étude récente montre que la lumière artificielle perturbe ces comportements. Par ailleurs, la multiplication des satellites augmente le risque de collisions en cascade, appelé syndrome de Kessler. Chaque collision génère des milliers de débris, rendant certaines orbites inutilisables pendant des décennies. En 2026, plus de 28 000 objets de plus de 10 centimètres sont déjà catalogués en orbite. Ces débris réfléchissent aussi la lumière du Soleil, contribuant à éclaircir le ciel nocturne de 3 à 20 % d’ici 2035, même dans les sites les plus sombres comme le désert d’Atacama au Chili.
Au-delà des impacts écologiques et scientifiques, la pollution lumineuse menace un patrimoine culturel universel : le ciel étoilé. Aujourd’hui, un tiers des images du télescope Hubble sont déjà altérées par des traînées de satellites. D’ici 2030, plus de 90 % des observations de missions comme SPHEREx (investissement de 500 millions de dollars) ou ARRAKIHS (200 millions d’euros) pourraient devenir inutilisables. Déjà en 2016, 80 % des Américains, 60 % des Européens et plus d’un tiers de la population mondiale ne voyaient plus la Voie lactée à cause de la pollution lumineuse terrestre. Avec les mégaconstellations, même les zones les plus éloignées perdront leur ciel naturel, transformant les nuits en un écran de lumières artificielles en mouvement.
Le principal obstacle à la résolution de ce problème est l’absence de cadre réglementaire international contraignant. L’ITU (Union internationale des télécommunications) gère les fréquences radio et les orbites, mais ne couvre pas les impacts environnementaux ou astronomiques. Le COPUOS (Comité des Nations unies pour les utilisations pacifiques de l’espace) émet des recommandations non contraignantes. Les académies des sciences du G7 ont proposé en 2026 de créer un organisme de gouvernance permanent, inspiré de l’ITU, pour réguler les orbites, limiter les impacts environnementaux et éviter les collisions. Sans cette régulation, la situation pourrait devenir ingérable, avec un risque accru de syndrome de Kessler rendant l’espace inutilisable pour des décennies.
Face à cette urgence, plusieurs pistes sont envisagées. Les opérateurs de satellites pourraient réduire la réflexion de leurs engins en utilisant des traitements de surface moins réfléchissants, comme le propose le Centre pour la protection des cieux sombres et calmes (CPS) de l’Union astronomique internationale. Les États pourraient aussi privilégier des infrastructures terrestres moins dépendantes des satellites, comme les réseaux de fibre optique. Le Sommet international sur l’espace 2026, organisé en France les 9 et 10 septembre, vise à créer un cadre international contraignant. Les académies du G7 appellent à limiter le nombre de satellites, imposer des normes strictes et protéger les réserves internationales de ciel étoilé, comme celles déjà existantes.
Les citoyens peuvent contribuer à préserver le ciel nocturne en sensibilisant leur entourage à l’importance de ce patrimoine. Des initiatives comme *Globe at Night* permettent de mesurer la pollution lumineuse, tandis que des organisations comme *DarkSky International* militent pour limiter l’impact des mégaconstellations. Ces actions complètent les efforts des scientifiques et des décideurs politiques. Le Sommet de 2026 offre une opportunité unique pour agir collectivement, car le ciel nocturne n’est pas une ressource infinie : c’est un bien commun à transmettre aux générations futures. Sans action rapide, nos enfants pourraient ne plus voir la Voie lactée, mais seulement un réseau de lumières artificielles en mouvement.

