Dans les Alpes, la fonte des glaciers révèle aux archéologues des trésors enfouis depuis des millénaires
Alors que les glaciers suisses ont perdu 20% de leur volume en cinq ans, les archéologues passent au peigne fin les cols de montagne, à la recherche d'artefacts anciens que la fonte des glaces fait progressivement réapparaître..
Les Alpes fondent à un rythme plus rapide que presque partout ailleurs sur la Terre, avec une perte de 20 % de leur volume de glace en seulement cinq ans. Ce phénomène s’explique par le réchauffement climatique, qui entraîne des hivers peu enneigés et des étés marqués par des vagues de chaleur extrême. À ce rythme, 97 % des glaciers alpins pourraient disparaître d’ici 2100, ce qui représente une menace majeure pour les dizaines de millions d’Européens dépendant de ces réserves d’eau pendant les sécheresses. Les glaciers, en reculant, libèrent des objets et des vestiges enfouis depuis des millénaires, offrant ainsi une fenêtre unique sur le passé.
En 2026, des archéologues ont découvert un ski en bois de 91 centimètres de long sur le col de la Barberine, dans le canton suisse du Valais, à 2 481 mètres d’altitude. Trois ans plus tôt, un ski similaire avait été trouvé au même endroit et daté du Ve siècle avant J.-C. grâce à la datation au carbone. Ces découvertes suggèrent que les habitants de l’époque utilisaient déjà des skis pour traverser les Alpes, perdant parfois l’équilibre. Les archéologues se demandent si le ski de 2026 pourrait être la deuxième moitié de la paire découverte précédemment. Ces objets illustrent l’adaptation des sociétés anciennes aux conditions montagneuses.
La glace des glaciers agit comme un conservateur naturel, préservant des matériaux organiques comme le cuir, le bois, les textiles ou les ossements, qui se décomposeraient normalement en quelques années. Ces vestiges fournissent des indices précieux sur la vie quotidienne des peuples alpins à travers les millénaires. Par exemple, des chaussures en cuir, des paniers en écorce de tilleul ou des vêtements ont été retrouvés, révélant que l’âge de pierre (période préhistorique) n’était pas seulement une époque de pierre, mais aussi de matériaux organiques. Ces découvertes sont qualifiées d’extraordinaires par les archéologues, car elles offrent un aperçu rare des techniques et des modes de vie anciens.
Les objets découverts dans les glaciers alpins, comme un fragment de bol en bois datant du Ve millénaire avant J.-C., un carquois en écorce de bouleau contenant des pointes de flèche en silex (vers 2 800 avant J.-C.) ou une statuette en mélèze de 60 centimètres, remettent en question l’idée que les sommets montagneux étaient des zones désertées. Ces vestiges suggèrent que les cols alpins étaient fréquentés par des chasseurs, des bergers ou des marchands, qui transportaient par exemple des tonneaux de vin à dos de mule. Ces découvertes montrent que les Alpes étaient des espaces dynamiques, traversés et exploités bien avant l’Antiquité classique.
Les archéologues doivent travailler rapidement, car les matériaux organiques dégelés se décomposent en quelques semaines ou mois. À cela s’ajoute un autre danger : les chasseurs de trésors illégaux, qui récupèrent les vestiges sans autorisation. Par exemple, la police du canton du Valais a saisi une collection de 11 000 objets (pièces de monnaie, outils, objets décoratifs) chez un amateur utilisant un détecteur de métaux. Romain Andenmatten, l’archéologue mentionné dans l’article, a observé que la glace avait presque entièrement disparu au col de Restipass (2 626 mètres) en seulement deux ans, accélérant la nécessité de documenter ces sites avant qu’ils ne disparaissent.
Pour anticiper les prochaines découvertes, les archéologues collaborent avec des spécialistes de l’environnement. Par exemple, un objet religieux trouvé en altitude pourrait révéler des informations sur les premiers peuples ayant traversé les Alpes et leurs croyances. Cependant, ces recherches restent limitées par l’urgence de la situation : les glaciers fondent à un rythme sans précédent, transformant des paysages gelés depuis des millénaires en zones accessibles. Les archéologues doivent donc concilier exploration, documentation et préservation, tout en luttant contre le pillage des sites.

