Qui façonne l’IA ? À l’ONU, le débat porte sur le pouvoir, la confiance et l’inclusion
L’intelligence artificielle (IA) progresse à une vitesse fulgurante. Mais à mesure que ses capacités se développent, une question s’impose aux gouvernements du monde entier : qui doit décider de la manière dont elle est utilisée, qui doit en fixer les règles et qui doit pouvoir en bénéficier ?.
L’intelligence artificielle (IA) connaît une croissance exceptionnelle depuis les années 2010, marquée par des avancées technologiques majeures. Les systèmes d’IA actuels, comme les modèles de langage (programmes capables de comprendre et générer du texte humain) ou les algorithmes d’apprentissage profond (technique inspirée du fonctionnement du cerveau humain), surpassent désormais les performances humaines dans des domaines variés. Par exemple, des outils comme les chatbots (robots conversationnels) ou les systèmes de reconnaissance d’images atteignent des niveaux de précision supérieurs à 90 % dans certains cas. Cette accélération s’explique par l’augmentation des données disponibles, des puissances de calcul et des investissements privés, estimés à plus de 200 milliards de dollars en 2023. Cependant, cette rapidité soulève des enjeux éthiques et pratiques, notamment sur la maîtrise de ces technologies par les sociétés humaines.
Face à cette expansion, les gouvernements et organisations internationales cherchent à encadrer l’usage de l’IA pour éviter des dérives. L’Organisation des Nations unies (ONU) joue un rôle central dans ce débat, en réunissant des experts, des États et des acteurs privés pour établir des principes communs. L’objectif est de définir qui détient le pouvoir de réguler cette technologie : les États, les entreprises technologiques comme Microsoft ou Google, ou des instances indépendantes. En 2023, l’ONU a adopté une résolution appelant à une coopération internationale pour garantir que l’IA soit utilisée de manière sûre, transparente et inclusive. Ce cadre vise à éviter que quelques acteurs ne monopolisent les bénéfices de l’IA au détriment de la majorité des pays, notamment ceux en développement.
Un des défis majeurs de l’IA réside dans sa boîte noire : de nombreux systèmes, en particulier ceux basés sur l’apprentissage profond, fonctionnent comme des boîtes noires (systèmes dont les décisions sont incompréhensibles pour les humains). Cela pose problème dans des domaines critiques comme la justice ou la santé, où les décisions automatisées peuvent avoir des conséquences graves. Pour y remédier, des initiatives comme le principe de transparence émergent, exigeant que les algorithmes soient audités et leurs décisions explicables. En 2024, l’Union européenne a adopté le Règlement sur l’IA (AI Act), une loi pionnière qui impose des obligations strictes aux développeurs, comme la publication des données utilisées pour entraîner les modèles. Ces mesures visent à restaurer la confiance du public dans ces technologies.
L’IA risque d’aggraver les inégalités si son accès et ses bénéfices restent concentrés entre les mains d’une minorité. Aujourd’hui, 70 % des investissements en IA sont réalisés par seulement trois pays : les États-Unis, la Chine et le Royaume-Uni, tandis que l’Afrique et l’Amérique latine ne représentent que 5 % des dépenses mondiales. Cette disparité menace de creuser l’écart technologique entre les nations. Pour y remédier, l’ONU promeut des mécanismes d’inclusion, comme des partenariats entre pays développés et en développement pour partager les ressources et les connaissances. Par exemple, des programmes de formation aux compétences en IA sont lancés en Afrique subsaharienne, avec pour objectif de former 10 millions de personnes d’ici 2030. L’enjeu est de s’assurer que l’IA serve le bien commun et non seulement les intérêts économiques des plus puissants.

