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Qu’est-ce que la « guerre de la morue », qui a traumatisé l’Islande pour son adhésion à l’UE ?

Presse-Citron · mis à jour il y a 20 j

70 ans après avoir affronté le Royaume-Uni pour défendre leurs eaux, les Islandais viennent de dire « non » à l'Union européenne pour protéger leur secteur de la pêche. Plongée dans la guerre de la morue, ce conflit maritime méconnu qui explique pourquoi l'île refuse toujours de céder aux appels de Bruxelles..

Référendum islandais

En août 2026, l'Islande a organisé un référendum sur la reprise des négociations d'adhésion à l'Union européenne (UE), avec une participation record de 82,5% des électeurs. Le résultat a été un rejet à 52,8% contre 47,2% en faveur du « oui ». Ce vote reflète surtout une opposition forte à la Politique commune de la pêche (PCP) de l'UE. En intégrant l'UE, l'Islande devrait en effet abandonner la gestion exclusive de ses quotas de pêche et ouvrir ses eaux territoriales aux flottes étrangères. Ce secteur représente près de 40% des exportations du pays. Les zones rurales et les communautés littorales, très dépendantes de la pêche, ont massivement voté contre, tandis que la capitale, Reykjavík, a majoritairement soutenu le projet.

Guerre de la morue

La guerre de la morue désigne un conflit maritime entre l'Islande et le Royaume-Uni, qui s'est déroulé entre 1958 et 1976. L'Islande souhaitait protéger ses ressources halieutiques, notamment la morue, le hareng et l'aiglefins, en étendant progressivement sa zone de pêche exclusive de 3 à 200 milles nautiques (soit environ 370 kilomètres). Le Royaume-Uni, dont les chalutiers opéraient dans ces eaux, a refusé de quitter la zone, envoyant même la Royal Navy pour escorter ses navires. En réponse, l'Islande a utilisé des méthodes radicales : elle coupait les filets britanniques avec des lames, tirait des coups de canon de semonce et percutait volontairement les navires adverses. Ces affrontements ont endommagé des dizaines de navires et fait un mort côté islandais. Sous la menace de quitter l'OTAN et de fermer une base militaire américaine, l'Islande a finalement obtenu gain de cause, imposant ainsi la règle des 200 milles nautiques pour les zones de pêche nationales.

Enjeux économiques

La pêche est un secteur vital pour l'Islande, représentant près de 40% de ses exportations. Les Islandais craignent que l'adhésion à l'UE, via la Politique commune de la pêche (PCP), ne les oblige à partager leurs ressources avec d'autres pays européens, réduisant ainsi leurs quotas. Cette crainte est renforcée par le souvenir de la guerre de la morue, où l'Islande a dû se battre pour défendre ses eaux. Les pêcheurs, comme Jon Atli Gunnarsson, capitaine de chalutier, expriment cette peur : « Nos prédécesseurs se sont battus pour obtenir cette zone de 200 milles autour de l'Islande. Nous avons un peu peur qu'en rejoignant l'Union européenne, nous devions céder une partie de ce que nous avons durement acquis. » La directrice de Fisheries Iceland, Heidrun Lind Marteinsdottir, souligne que la pêche fait partie de l'héritage culturel et économique du pays.

Position de l'Islande

L'Islande n'est pas isolée en Europe malgré son refus d'adhérer à l'UE. Le pays est pleinement intégré au marché unique via l'Espace économique européen (EEE) et fait partie de l'espace Schengen, ce qui lui permet de bénéficier de la libre circulation des biens, des services et des personnes. Cette intégration lui offre une souveraineté sur son secteur de la pêche tout en maintenant des liens économiques forts avec l'UE. La Commission européenne considère l'Islande comme l'un de ses partenaires les plus proches et fiables dans l'Atlantique Nord. Ainsi, le pays peut concilier ouverture économique et protection de ses ressources naturelles, sans sacrifier son indépendance.

Ce que ça pourrait changer

La *guerre de la morue* reste un épisode marquant de l'histoire islandaise, souvent évoqué pour illustrer la détermination du pays à défendre ses intérêts. Pour les Islandais, céder la gestion de leurs eaux à l'UE reviendrait à renier cet héritage de lutte et de victoire. Comme l'explique Heidrun Lind Marteinsdottir, « la pêche, les produits de la mer, c'est dans nos gènes. Cela fait partie de notre héritage. Nous savons très bien qu'il a fallu nous battre pour obtenir ce que nous avons aujourd'hui. » Ce sentiment de fierté nationale et de résistance face aux puissances étrangères explique en grande partie l'opposition actuelle à l'adhésion à l'UE, malgré les avantages économiques que pourrait offrir une intégration plus poussée.

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