Quels sont les pays les plus exposés aux menaces de sanctions brandies par Washington contre l’Iran ?
Décidé à asphyxier l’économie iranienne, le gouvernement Trump a menacé, lundi 24 août, de sanctionner tous les pays qui continueraient à faire des affaires avec Téhéran. La Chine, les Émirats arabes unis et la Turquie, premiers partenaires commerciaux de l’Iran, seraient potentiellement les plus touchés, relève “CNBC”..
En août 2026, six mois après le début d’une offensive militaire israélo-américaine contre l’Iran le 28 février 2026, les États-Unis, dirigés par le gouvernement Trump, ont lancé une campagne économique nommée "D-Day économique" pour isoler l’Iran. Cette stratégie vise à asphyxier son économie en sanctionnant les pays qui continuent à commercer avec Téhéran. Le terme "D-Day économique" fait référence au débarquement de Normandie en 1944, symbolisant une opération décisive. L’objectif est de couper les liens commerciaux ayant permis à l’Iran de résister pendant six mois de guerre. Les détails de cette campagne restent flous, mais Washington menace de sanctions les pays qualifiés de "facilitateurs", c’est-à-dire ceux qui soutiennent indirectement l’économie iranienne.
Selon les données de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour 2024, les trois principaux partenaires commerciaux de l’Iran sont la Chine, les Émirats arabes unis (EAU) et la Turquie. La Chine est le premier acheteur de pétrole iranien, absorbant environ 90 % de ses exportations pétrolières. Ce pétrole est raffiné en Chine, souvent via des intermédiaires comme l’Indonésie ou la Malaisie, et les transactions sont réglées en yuans (monnaie chinoise) plutôt qu’en dollars, ce qui permet d’éviter partiellement les sanctions américaines. Les EAU, deuxième partenaire, servent de plateforme pour des transactions financières opaques, tandis que la Turquie échange principalement des machines, des produits chimiques et agricoles contre des produits énergétiques iraniens.
La Chine est le pays le plus exposé aux sanctions américaines en raison de son rôle central dans le commerce avec l’Iran. Elle achète près de 90 % du pétrole iranien et sert de pont entre Téhéran et l’économie mondiale. Les transactions sont souvent réalisées en dehors du système de paiement en dollars, utilisant des mécanismes complexes pour contourner les restrictions. Cependant, Washington a conçu sa stratégie pour laisser à la Chine une marge de manœuvre, évitant une confrontation directe avant la visite du président chinois Xi Jinping aux États-Unis prévue le 24 septembre 2026. Kerri Bitsoff, ancienne responsable du Trésor américain, souligne que le ministère des Finances a prévu des mesures discrètes pour permettre à Pékin de s’adapter sans être immédiatement ciblé.
Les Émirats arabes unis (EAU) sont le deuxième partenaire commercial de l’Iran en 2024. Ils ont suspendu leurs relations avec Téhéran après avoir subi deux tirs de missiles balistiques iraniens. Les EAU ont longtemps servi de hub financier pour l’Iran, facilitant des transactions illicites et opaques via leurs banques. Pour isoler l’Iran, les États-Unis pourraient exiger des mesures plus strictes de la part des autorités émiraties, comme un renforcement des contrôles sur les flux financiers. Une note du Washington Institute, citée par CNBC, souligne que ces transactions ont permis à l’Iran de maintenir des liens avec l’économie mondiale malgré les sanctions.
La Turquie, troisième partenaire commercial de l’Iran en 2024, exporte vers Téhéran des machines, des pièces détachées, des produits chimiques et agricoles, et importe en retour des produits énergétiques. Bien qu’Ankara ait diversifié ses approvisionnements en se tournant vers l’Azerbaïdjan et la Russie, elle n’a pas indiqué vouloir réduire ses échanges avec l’Iran. La Turquie joue donc un rôle ambigu, profitant des échanges commerciaux tout en cherchant à limiter sa dépendance. Son positionnement reflète une stratégie de pragmatisme économique, malgré les pressions américaines.
L’objectif des États-Unis est d’étouffer l’économie iranienne en ciblant ses principaux partenaires commerciaux. Cependant, la mise en œuvre de ces sanctions soulève des questions. D’une part, la Chine, bien qu’exposée, bénéficie d’une marge de manœuvre pour éviter les sanctions directes. D’autre part, les EAU et la Turquie pourraient subir des pressions économiques si Washington durcit ses mesures. La stratégie américaine repose sur une approche progressive, laissant aux pays ciblés le temps de s’adapter. Enfin, l’efficacité de ces sanctions dépendra de la capacité des États-Unis à convaincre leurs alliés de se conformer à leurs exigences, dans un contexte géopolitique déjà tendu.

