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« Je n’ai jamais vu ça » : un meurtre résolu grâce à la nièce de la victime

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 12 j

L’affaire met au jour des dysfonctionnements tant du côté du système de santé que de celui de la police..

Meurtre non résolu

Le 22 octobre 2022, Rolande Ducharme, une femme de 81 ans, est retrouvée morte dans son appartement situé dans une résidence pour personnes âgées à Montréal, dans le quartier Rosemont. Les premiers intervenants, alertés par un préposé, arrivent rapidement sur place et concluent à un décès accidentel. Selon eux, la victime aurait chuté et se serait blessée en heurtant une table de chevet. Les policiers, qui arrivent environ quatre heures plus tard, relèvent pourtant des indices troublants comme des canettes de bière dans le lavabo, des traces de sang sur les murs, un pilulier non utilisé depuis deux jours et une grave blessure à la bouche et au nez de la victime. Malgré ces éléments, ils valident la thèse de l'accident et contactent le coroner, qui ne juge pas nécessaire d'ouvrir une enquête policière. Cette première évaluation sera remise en question par la suite.

Rôle de la nièce

Le 23 octobre 2022, les clés de l'appartement de Rolande Ducharme sont remises à sa nièce, Édith Perreault, qui souhaite vider les lieux. En examinant l'appartement, elle remarque plusieurs anomalies : un désordre inhabituel, des canettes dans l'évier, un miroir décroché du mur avec des traces de sang, un coffre-fort entrouvert et le fil du téléphone sectionné. Elle décide de documenter ces éléments avec son téléphone et alerte le coroner. Le même jour, une résidente de l'établissement découvre deux couteaux cachés sous une couverture rouge près d'un arbuste et en informe le directeur. Ces éléments poussent le coroner à ouvrir une enquête et à ordonner une autopsie du corps de Rolande Ducharme. La pathologiste judiciaire découvre alors 34 plaies causées par une arme piquante et tranchante au niveau de la tête, du cou et du haut du corps, ce qui conduit à requalifier le décès en homicide.

Identification de la meurtrière

L'enquête, notamment grâce à l'examen des caméras de surveillance, permet de remonter rapidement la piste d'Élyse Quenneville-Proulx, une femme d'une trentaine d'années souffrant de troubles psychiatriques et consommant régulièrement des drogues comme le crack, les amphétamines et de l'alcool. Le jour du meurtre, vers 11 heures, elle avait été amenée en ambulance à l'hôpital Santa Cabrini, situé près de la résidence de Rolande Ducharme, mais n'avait pas été prise en charge immédiatement au triage et avait quitté les lieux. Après une courte errance, elle s'est introduite dans l'appartement de l'octogénaire et a commis le meurtre. Élyse Quenneville-Proulx a ensuite avancé plusieurs versions pour expliquer son geste, évoquant notamment des hallucinations après avoir visionné le film d'horreur Candyman.

Responsabilités et procédures

L'avocat de la défense, Patrick Davis, souligne que l'hôpital Santa Cabrini porte une responsabilité dans ce meurtre, car Élyse Quenneville-Proulx, en état de perturbation psychiatrique et sous l'emprise de drogues, avait été amenée en ambulance mais n'avait pas reçu de soins appropriés au triage. De plus, des questions se posent sur le travail des policiers, qui, malgré des indices visibles comme le miroir taché de sang, le coffre-fort entrouvert ou le fil téléphonique sectionné, avaient conclu à un accident. Minh Tri Truong, ancien commandant aux enquêtes spécialisées au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), estime que ces éléments auraient dû alerter les policiers et déclencher une procédure d'enquête plus approfondie. Il critique également le constat de décès initial, réalisé par les soignants, qui n'a pas permis de détecter les 34 plaies de la victime.

Ce que ça pourrait changer

Lors de l'audience, la juge Hélène Di Salvo et la procureure aux poursuites criminelles et pénales, Jade Coderre, saluent le courage d'Édith Perreault, dont l'intervention a permis d'ouvrir l'enquête. Concernant Élyse Quenneville-Proulx, bien qu'elle traversait vraisemblablement un épisode psychotique au moment des faits, la psychiatre qui l'a examinée a estimé qu'elle pouvait simuler certains symptômes pour se déresponsabiliser. La cour a donc rejeté l'application de l'article 16 du Code criminel, qui exonère de responsabilité une personne dont un trouble mental rend incapable de juger de la nature de ses actes. Cependant, il a été retenu que son état mental ne lui avait pas permis de former volontairement l'intention de donner la mort. Elle risque une peine de 18 ans de prison, et le jugement sera rendu dans un mois.

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