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Québec s’attaque aux « contaminants éternels » rejetés par les lieux d’enfouissement

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 25 j

Québec pourrait éventuellement imposer des limites de rejets de ces contaminants dans l’environnement..

PFAS : contaminants éternels

Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) sont des composés chimiques artificiels utilisés depuis les années 1950 pour leurs propriétés imperméabilisantes, antiadhésives ou résistantes à la chaleur. Surnommés « contaminants éternels », ils sont surnommés ainsi car ils ne se dégradent pas naturellement dans l’environnement et s’accumulent dans les sols, les eaux et les organismes vivants. On les retrouve dans de nombreux objets du quotidien comme les poêles antiadhésives, les emballages alimentaires, les textiles imperméables ou les mousses anti-incendie. Leur persistance les rend particulièrement dangereux, car ils peuvent contaminer les eaux usées des lieux d’enfouissement technique (LET), puis les rivières et les nappes phréatiques. Au Québec, aucune norme n’encadre actuellement leur rejet, ce qui permet des rejets illimités dans l’environnement.

Mesure obligatoire dès août

À partir du 16 août, le gouvernement du Québec rendra obligatoire le suivi des concentrations de PFAS dans les rejets des lieux d’enfouissement technique (LET). Cette mesure vise à mesurer précisément la quantité de ces contaminants rejetés dans les rivières par les eaux usées des sites d’enfouissement. Le ministère de l’Environnement justifie cette décision par la nécessité d’acquérir des données pour évaluer l’impact des LET sur la pollution aux PFAS. Aucune limite de rejet n’est encore imposée, mais cette collecte de données pourrait mener à terme à des normes strictes. Le ministère souligne que cette approche permettra de cibler les interventions là où elles sont nécessaires et d’adapter les solutions technologiques ou réglementaires en conséquence.

Sources majeures de pollution

Selon une étude récente menée par les professeurs Benoît Barbeau et Sébastien Sauvé, les lieux d’enfouissement technique (LET) constituent la principale source de PFAS mesurés dans les rivières du Québec, bien plus que d’autres sources comme les stations d’épuration ou les industries. André Bélanger, directeur général de la Fondation Rivières, confirme cette analyse et salue la décision du gouvernement d’agir sur ce front. Les LET, gérés par les municipalités, reçoivent des déchets contenant des PFAS issus d’objets du quotidien. Ces contaminants se retrouvent ensuite dans les eaux usées traitées avant d’être rejetées dans les cours d’eau. Leur persistance rend leur élimination complexe et coûteuse.

Solutions techniques disponibles

Benoît Barbeau, professeur à Polytechnique Montréal, affirme qu’il existe des solutions techniques pour traiter les PFAS dans les eaux usées des sites d’enfouissement. Parmi elles, une méthode consiste à utiliser un traitement par moussage, qui concentre les PFAS dans une mousse à collecter et à traiter séparément. Une autre approche, encore en développement, vise à détruire les PFAS par oxydation, une réaction chimique qui les décompose. Cependant, ces solutions ne sont pas encore déployées à grande échelle, car les ingénieurs manquent de directives claires sur les objectifs de traitement à atteindre. Actuellement, les systèmes de traitement des LET se concentrent surtout sur l’élimination des composés biodégradables, pas des PFAS.

Appel à réduire à la source

Kevin Morin, directeur général du Conseil des entreprises en technologies environnementales du Québec (CETEQ), souligne que la réduction des PFAS à la source est essentielle. Il propose que les gouvernements imposent aux entreprises de limiter l’utilisation de ces substances dans les produits du quotidien, comme les emballages alimentaires ou les textiles. Sans cette action en amont, les solutions mises en place en aval (comme le traitement des eaux) ne feront que reporter le problème et engendreront des coûts supplémentaires pour les citoyens via les taxes municipales. André Bélanger, de la Fondation Rivières, partage ce constat et critique le manque d’échéancier clair pour imposer des normes temporaires, qu’il juge nécessaire pour « boucher l’évier » sans attendre.

Ce que ça pourrait changer

La gestion des PFAS par les lieux d’enfouissement technique (LET) représente un coût supplémentaire pour les municipalités, qui doivent financer le traitement des eaux contaminées. Ces coûts sont ensuite répercutés sur les citoyens via les taxes. André Bélanger et Kevin Morin estiment que cette approche reporte la responsabilité sur les LET, alors que la solution idéale serait de réduire la présence de PFAS dans les produits dès leur conception. Le ministère de l’Environnement mène depuis plusieurs années un projet pour mesurer les concentrations de PFAS dans les effluents municipaux, ce qui permettra aux municipalités d’orienter leurs actions, notamment vers des efforts de réduction à la source. Aucune date n’est encore fixée pour ces nouvelles exigences.

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