Le voyage des frères morts – sur Rouges-Truites de Pierric Bailly
L'auteur du Roman de Jim signe un polar mi-ralenti, mi-horrifique : deux fratries du Vercors, séparées par un suicide et vingt-cinq ans de silence, se retrouvent au bord d'un lac jurassien. Qui avait disparu et pourquoi ? Sous l'enquête affleure un très vieux conte de frérot et sœurette, de départs et de morts, d'inceste évité de justesse et de trouble dans l'identité.
Pierric Bailly, auteur du Roman de Jim, publie Rouges-Truites, un huitième récit qualifié d'«roman noir» par l'écrivain lui-même, tout en relevant du genre policier. L'histoire se déroule autour d'un lac jurassien nommé Lac-des-Rouges-Truites, situé en Bourgogne-Franche-Comté. Ce plan d'eau, souvent associé à des truites en raison de son nom, abrite en réalité des perches dont les nageoires sont rouges. L'auteur joue avec cette ambiguïté pour ancrer son récit dans un univers à la fois réaliste et onirique. Le roman explore une intrigue centrée sur deux fratries séparées par un suicide et vingt-cinq ans de silence, qui se retrouvent au bord de ce lac. L'enquête qui en découle révèle des thèmes profonds comme l'inceste évité de justesse, les troubles d'identité et un conte de frérot et sœurette sous-jacent, mêlant horreur et lenteur narrative.
L'action se situe dans le Jura, une région que Pierric Bailly affectionne et où il puise une grande partie de son inspiration. Le style du roman est décrit comme un polar mi-ralenti, mi-horrifique, évoquant le slow cinema par son rythme contemplatif. L'auteur utilise des descriptions détaillées de paysages, comme une promenade le long de la rivière Saine, où des personnages marchent, se baignent et interagissent avec la nature. Un extrait illustre cette approche : des chevaux s'amusent dans l'eau, une scène qui rappelle le réalisme poétique du cinéma de Kelly Reichardt. Le narrateur, Cédric, un professeur d'espagnol de près de 40 ans, joue un rôle central en tant qu'observateur et auditeur des histoires qui se dévoilent autour de lui.
L'intrigue principale tourne autour d'un mystère familial : deux fratries, séparées par un suicide et une longue période de silence, se retrouvent au bord du lac. Le roman interroge l'identité, la mémoire et les secrets enfouis, avec une référence explicite à un conte de frérot et sœurette, un motif classique des contes populaires. L'auteur aborde également des thèmes plus sombres comme l'inceste évité de justesse et les troubles psychologiques, tout en maintenant une atmosphère à la fois réaliste et fantastique. Le lac lui-même, peuplé de perches aux nageoires rouges, devient un symbole de danger et de mystère, renforçant l'ambiguïté entre réalité et fiction.
L'article est publié le 24 septembre 2026 sur le site *AOC.media*, un média spécialisé dans la critique culturelle et intellectuelle. L'auteur de l'article, Éric Loret, est un journaliste et critique littéraire qui analyse l'œuvre de Pierric Bailly à travers le prisme du polar et de la *slow literature*. Il souligne la complexité du roman, qui oscille entre enquête policière et réflexion anthropologique, tout en mettant en avant la richesse des paysages jurassiens et la profondeur des thèmes abordés. Le titre *Le voyage des frères morts* fait écho à l'exploration des thèmes de la mort, de la disparition et de la quête d'identité, tout en jouant sur l'ambiguïté du nom du lac.

