L'Ukraine fête ses 35 ans d'indépendance, quel est le bilan?
Trente-cinq ans d'indépendance, plusieurs révolutions populaires et une guerre qui a bouleversé le pays: l'Ukraine a connu un parcours particulièrement mouvementé depuis 1991..
Le 24 août 1991, l’Ukraine proclame son indépendance après l’effondrement de l’Union soviétique. Ce choix est confirmé par un référendum le 1ᵉʳ décembre 1991, où plus de 90 % des électeurs votent en faveur de la séparation. L’acte d’indépendance marque la fin de près de 70 ans de domination soviétique et le début d’un État souverain. Cette période est marquée par des défis majeurs : construire des institutions stables, définir une identité nationale distincte de la Russie et s’orienter vers une économie de marché. L’Ukraine doit aussi gérer des tensions internes, comme les divisions linguistiques entre le ukrainien et le russe, ou les inégalités régionales, notamment dans l’est du pays, plus russophone et industriel.
En 1996, l’Ukraine adopte sa première Constitution en tant qu’État indépendant. Ce texte fondateur établit les principes de la démocratie, des droits de l’homme et de la séparation des pouvoirs, inspirés des modèles occidentaux. Il crée un cadre juridique pour l’organisation de l’État, avec un Parlement (la Verkhovna Rada), un président et un système judiciaire indépendant. La Constitution consacre aussi la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale du pays. Cependant, son application a parfois été contestée, notamment lors des crises politiques comme la Révolution orange en 2004 ou la révolution de Maïdan en 2013-2014, où les institutions ont été mises à l’épreuve.
Fin 2004, l’Ukraine connaît la Révolution orange, un mouvement de protestation massif contre les fraudes électorales lors du deuxième tour de l’élection présidentielle. Des centaines de milliers d’Ukrainiens descendent dans les rues de Kiev, vêtus d’orange, la couleur du candidat pro-européen Viktor Iouchtchenko. Face à la pression populaire et à la contestation des résultats, la Cour suprême ukrainienne annule le scrutin et ordonne un nouveau vote. Celui-ci a lieu le 26 décembre 2004 et aboutit à la victoire de Iouchtchenko. Cette révolution illustre l’émergence d’une société civile active, capable de peser sur les décisions politiques, mais aussi les divisions persistantes au sein du pays.
Entre novembre 2013 et février 2014, l’Ukraine est secouée par la révolution de Maïdan, un soulèvement populaire contre la décision du président Viktor Ianoukovytch de suspendre l’accord d’association avec l’Union européenne. Les manifestants occupent la place Maïdan à Kiev pendant des mois, malgré la répression violente des forces de l’ordre. En février 2014, des affrontements meurtriers font plus de 100 morts. Le 22 février, le Parlement destitue Ianoukovytch et organise une nouvelle élection. Ce mouvement, à la fois pro-démocratie et pro-européen, marque un tournant dans l’histoire récente de l’Ukraine. Il s’accompagne d’une radicalisation dans l’est du pays, où des groupes pro-russes prennent le contrôle de régions comme le Donbass.
En mars 2014, la Russie annexe la Crimée, une région ukrainienne stratégique située en mer Noire, après un référendum controversé non reconnu par la communauté internationale. Peu après, un conflit armé éclate dans l’est de l’Ukraine, dans les régions du Donbass (Donetsk et Louhansk), où des séparatistes pro-russes, soutenus par Moscou, affrontent l’armée ukrainienne. Ce conflit, qui fait plus de 14 000 morts depuis 2014, pousse l’Ukraine à renforcer son armée et à se rapprocher de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord), une alliance militaire occidentale. Ces événements accélèrent aussi le processus de réforme des forces armées ukrainiennes.
Quelques jours après le début de l’invasion russe à grande échelle en février 2022, l’Ukraine dépose officiellement sa candidature pour rejoindre l’Union européenne (UE). Cette demande s’inscrit dans une trajectoire de rapprochement avec l’Europe, initiée dès les révolutions de 2004 et 2014. L’UE, qui avait déjà signé un accord d’association avec l’Ukraine en 2014, accélère alors le processus d’adhésion. En 2026, cette candidature reste en cours d’examen, mais elle symbolise l’ancrage progressif de l’Ukraine dans le bloc occidental. Parallèlement, le pays renforce sa coopération militaire avec l’OTAN, notamment en matière de formation, de logistique et de commandement.
Depuis 1991, l’indépendance a permis un essor de la culture ukrainienne, longtemps étouffée sous le joug soviétique. La langue, la littérature et les arts retrouvent une place centrale dans la société. Des écrivains comme Serhiy Jadan contribuent à faire connaître la littérature ukrainienne à l’international. La musique joue aussi un rôle clé : l’Ukraine a remporté l’Eurovision à trois reprises, en 2004 avec Wild Dances de Ruslana, en 2016 avec 1944 de Jamala, et en 2022 avec Stefania du groupe Kalush Orchestra. Ces succès culturels participent à la construction d’une identité nationale distincte, notamment face à l’influence russe.
Le sport devient un autre symbole de la renaissance ukrainienne. En 1994, Oksana Baiul remporte la médaille d’or olympique en patinage artistique aux Jeux de Lillehammer, offrant à l’Ukraine son premier titre olympique en tant qu’État indépendant. Depuis, les athlètes ukrainiens se distinguent dans divers sports, comme la gymnastique, le biathlon ou le football. Ces performances renforcent le sentiment de fierté nationale et la visibilité internationale du pays. Le sport sert aussi de levier pour mobiliser la population, notamment pendant les périodes de crise, comme lors de la guerre en cours.
En 2026, l’Ukraine célèbre ses 35 ans d’indépendance dans un contexte de guerre prolongée contre la Russie. Depuis l’invasion à grande échelle de février 2022, le pays a dû s’adapter rapidement pour résister. L’armée ukrainienne, professionnalisée depuis 2014, a bénéficié de formations et de soutiens occidentaux, notamment de l’OTAN. Kiev a aussi développé des innovations technologiques, comme des drones ou des systèmes de cyberdéfense, pour compenser sa supériorité numérique russe. Malgré les frappes et les destructions, l’Ukraine maintient sa résistance, tout en continuant à se battre pour son intégrité territoriale et son avenir européen.

