Gandalf vs Palantir : manifestation déguisée devant la maison de Peter Thiel en Argentine
Dans la capitale argentine, les militants technophobes du Djihad contre les corporations de la distraction sévissent à nouveau. Cette fois, les cantiques du groupe ont visé le magnat de la tech Peter Thiel, fondateur de l’entreprise de surveillance et de collecte de données Palantir, propriétaire d’une maison à Buenos Aires..
Le collectif Djihad contre les corporations de la distraction (YCCD) est un groupe militant qui dénonce l’influence des géants de la technologie sur la société. Ses membres se font connaître par des actions spectaculaires et décalées, comme des déguisements inspirés de la culture populaire. Le 17 août, une trentaine d’entre eux, grimés en Gandalf (le mage de Le Seigneur des Anneaux), ont manifesté devant la résidence de Peter Thiel à Buenos Aires. Leur objectif était de critiquer l’arrivée de ce milliardaire américain en Argentine, qu’ils perçoivent comme une menace pour la souveraineté locale. Le collectif utilise l’ironie et la référence à la fiction pour attirer l’attention sur des enjeux concrets, comme la concentration du pouvoir technologique entre les mains d’une minorité.
Peter Thiel est un entrepreneur et investisseur américain, cofondateur de PayPal et figure majeure de la Silicon Valley. Il est connu pour ses prises de position libertariennes et son soutien à des projets technologiques controversés, comme Palantir, une entreprise spécialisée dans l’analyse de données massives. En 2024, Thiel a acquis une résidence à Buenos Aires, dans un quartier aisé de la capitale argentine. Cette installation a suscité des critiques, notamment de la part du collectif YCCD, qui l’accuse de vouloir transformer l’Argentine en un « laboratoire » pour des expériences technologiques jugées néfastes. Le groupe dénonce ainsi l’influence des milliardaires étrangers sur les politiques locales.
L’action du 17 août consistait en une manifestation déguisée devant la maison de Peter Thiel. Les participants, vêtus comme le personnage de Gandalf, ont entonné des chants ironiques et brandi une pancarte reprenant une réplique culte du film : « Tu ne passeras pas », tirée de la confrontation entre Gandalf et le Balrog, une créature démoniaque. La pancarte ajoutait une insulte locale, « la concha de tu madre » (équivalent argentin de « p de ta mère »*), pour marquer leur opposition. Cette performance visait à ridiculiser Thiel et à exprimer leur rejet de son projet, perçu comme une menace pour l’autonomie argentine. Les images ont circulé sur les réseaux sociaux, suscitant des réactions variées parmi les passants.
Le collectif YCCD a expliqué ses motivations au quotidien argentin Página12. Pour eux, l’Argentine ne doit pas servir de terrain d’expérimentation pour des « expériences alchimiques » orchestrées par des millionnaires étrangers. Ils évoquent une « résistance » contre l’influence des élites technologiques, qu’ils accusent de comploter contre l’existence même des populations locales. Leur slogan, « Nous avons allumé le premier phare pour éclairer un chemin de résistance », souligne leur volonté de protéger le pays des dérives du capitalisme numérique. Cette action s’inscrit dans un contexte plus large de contestation des inégalités économiques et technologiques en Amérique latine.
L’action du collectif a été largement relayée sur les réseaux sociaux, où elle a provoqué des réactions mitigées, entre amusement et indignation. Certains y ont vu une performance artistique, tandis que d’autres ont critiqué son manque de sérieux. Le quotidien *Página12*, de gauche, a couvert l’événement, offrant une tribune aux manifestants. Cette action s’inscrit dans un débat plus large sur l’arrivée de figures comme Peter Thiel en Argentine, où le modèle économique du président *Javier Milei* (libéral et pro-marché) suscite déjà des tensions. Le pays, en proie à une crise économique, attire désormais l’attention des investisseurs étrangers, ce qui alimente les craintes d’une perte de souveraineté.

