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Bourses Perspective : un « coup d’épée dans l’eau » de la CAQ de 1, 3 milliard $

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 5 j

Ce programme était voué à l’échec dès son lancement, révèlent plusieurs acteurs du milieu de l’enseignement..

Origine des bourses

En 2021, le gouvernement du Québec, dirigé par l’ex-premier ministre François Legault, lance le programme de bourses Perspective Québec. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large appelée opération main-d’œuvre, visant à répondre à la pénurie de main-d’œuvre qui s’est intensifiée après la pandémie. L’objectif était d’inciter les jeunes à s’orienter vers des secteurs jugés prioritaires, comme le génie, l’informatique, l’enseignement, la petite enfance, la santé et les services sociaux. Le programme offrait des bourses de 1 500 $ par session au collégial et de 2 500 $ à l’université pour chaque session réussie à temps plein. Cependant, dès le départ, des acteurs du milieu de l’enseignement supérieur, comme Bernard Tremblay, ancien PDG de la Fédération des cégeps, ont exprimé des doutes sur l’efficacité de cette approche, la qualifiant de commande politique mal ficelée.

Fonctionnement et coût

Les bourses Perspective Québec ont été versées à partir de l’automne 2022 et ont été aboli en février 2025. Une clause de droits acquis permet aux étudiants déjà inscrits de continuer à en bénéficier jusqu’à leur diplomation, dans le respect de certains délais. Le coût total du programme pour les contribuables québécois s’élève à 1,3 milliard de dollars, dont 1 milliard déjà dépensé et 300 millions supplémentaires prévus d’ici 2030, selon le ministère de l’Enseignement supérieur (MES). Les bourses étaient accessibles à tous les étudiants inscrits dans les programmes ciblés, y compris ceux déjà engagés dans ces filières avant le lancement du programme. Par exemple, Maxime Mitchelson, étudiant en mathématiques et informatique, a reçu 20 000 $ en bourses, ce qui lui a permis de quitter le domicile familial plus tôt que prévu.

Critiques et limites

Dès son annonce, le programme a suscité des critiques de la part des acteurs du milieu de l’éducation. Daniel Jutras, recteur de l’Université de Montréal, a qualifié les bourses de coup d’épée dans l’eau, soulignant que des enjeux comme la disponibilité des locaux limitaient l’augmentation des cohortes dans certains programmes. Loïc Goyette, président de l’Union étudiante du Québec (UEQ), a critiqué le fait que les bourses étaient distribuées de manière mur à mur, sans cibler les étudiants qui en avaient réellement besoin. Étienne Paré, ancien président de l’UEQ, a ajouté que pour des secteurs comme le génie ou l’informatique, où les stages sont rémunérés et les salaires élevés, les bourses étaient superflues, tandis que pour des domaines comme l’enseignement, où les conditions de travail sont difficiles, elles étaient insuffisantes.

Manque de consultation

Un des principaux reproches adressés au programme est le manque de consultation des acteurs concernés avant son lancement. Bernard Tremblay, ancien PDG de la Fédération des cégeps, a révélé qu’il avait averti François Legault dès 2019 que tenter d’orienter les choix de carrière des jeunes par l’argent n’était pas la bonne solution. De même, Daniel Jutras a déploré que le réseau universitaire n’ait pas été consulté avant l’annonce du programme. Selon des sources confidentielles, tout a été fait à l’envers : aucune expérience similaire n’a été étudiée avant la mise en place du programme, et une revue de la littérature scientifique sur le sujet n’a été produite qu’après la décision politique, comme une justification a posteriori.

Effets limités sur les inscriptions

Les résultats du programme en termes d’augmentation des inscriptions dans les secteurs ciblés sont décevants. Un sondage réalisé à l’été 2023 par le MES révèle que plus de la moitié des nouveaux étudiants inscrits dans les programmes visés ne connaissaient pas l’existence des bourses au moment de faire leur choix. De plus, seulement 1 étudiant sur 10 a été influencé dans son choix de programme par la possibilité d’une bourse. Les données montrent que l’augmentation des nouvelles inscriptions entre 2021 et 2024 a été de 2,4 % dans les programmes admissibles, contre 6,5 % dans les programmes non admissibles. À l’université, les résultats sont mitigés : une hausse de 902 inscriptions a été observée en technologies de l’information, mais seulement 198 en génie, 162 en santé et services sociaux, et une baisse de 319 en enseignement.

Ce que ça pourrait changer

En février 2025, la ministre de l’Enseignement supérieur de l’époque, Pascale Déry, annonce la fin du programme, citant des résultats inégaux et insatisfaisants. Elle reconnaît que les hausses d’inscriptions en génie et en informatique sont encourageantes, mais que les résultats dans d’autres secteurs comme l’enseignement, la santé et les services sociaux sont décevants. Le bilan évaluatif du MES souligne que le programme n’a pas ciblé la bonne clientèle, car des étudiants sans problèmes financiers ou déjà engagés dans les programmes ciblés n’avaient pas besoin de cette aide. Le programme a coûté 1,3 milliard de dollars pour des résultats jugés insuffisants par les autorités elles-mêmes.

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