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Culture

Iris et "l'arbre de feu" de Claude Monet : les clés de deux chefs-d'œuvre

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 19 j

C'est la plus haute estimation pour un tableau vendu en France : 22 à 30 millions d'euros. Des Iris de Claude Monet de la collection Schlumberger seront dispersés ce jeudi avec un autre chef d'oeuvre du maître : un saule pleureur, "arbre de feu".

Deux œuvres majeures de Monet

Deux tableaux de Claude Monet, Iris et Saule, arbre de feu, sont estimés entre 22 et 30 millions d'euros chacun. Ces œuvres, issues de la collection Schlumberger, seront vendues aux enchères le 23 octobre 2026 à Paris par Sotheby's. Elles illustrent l'apogée de la carrière de Monet, mort en 1926. Iris, peint entre 1924 et 1925, et Saule, réalisé entre 1918 et 1919, sont considérés comme des chefs-d'œuvre de la peinture impressionniste tardive. Leur valeur repose sur leur état de conservation exceptionnel, leur rareté et leur signification historique. Ces tableaux n'ont jamais été vernissés, conformément aux consignes de Monet, ce qui préserve leur authenticité et leur luminosité d'origine.

État de conservation unique

Les deux œuvres ont été préservées dans un état remarquable depuis leur création, protégées par les Schlumberger comme sous une cloche. Elles n'ont subi aucun accident ni restauration dommageable. Leur couche picturale est intacte, avec une gamme de couleurs complète et non altérée. Monet refusait de vernir ses toiles, surtout ses dernières œuvres, car cela modifiait leur apparence. Son fils Michel a même stipulé dans son testament que ses œuvres ne devaient pas être vernies. Cet état de conservation permet d'observer exactement ce que Monet souhaitait transmettre : une lumière et une atmosphère uniques, sans altération. C'est un critère majeur de leur valeur exceptionnelle.

Iris : une œuvre temporelle

Iris appartient à un cycle de grandes décorations que Monet a conçu dès 1897, mais qu'il n'a commencé à peindre qu'à partir de 1914. Ce tableau illustre la notion de temporalité, où Monet devient le peintre de l'espace et du temps plutôt que d'une simple fleur. Il existe trois versions d'Iris, et celle de la collection Schlumberger est considérée comme la plus puissante et épique. De près, la peinture semble abstraite, avec des touches de couleur pure jetées sur la toile, tandis que de loin, elle forme un iris reconnaissable. Cette ambiguïté entre abstraction et figuration est caractéristique de l'évolution de Monet vers la peinture moderne. Le tableau mesure jusqu'à 2 mètres par 2 et a été peint en partie en extérieur avant d'être retravaillé dans l'atelier de Giverny.

Saule : l'arbre de feu

Saule est une œuvre qui combine deux tableaux en un. De loin, on distingue un saule pleureur dans une atmosphère automnale aux tons verts et marron. De près, l'œuvre révèle une explosion de couleurs pures et vives, comme des laques de garance ou des violets intenses, évoquant l'expressionnisme abstrait américain. Katia Granoff, galeriste, a surnommé ce tableau l'arbre de feu en raison de cette vivacité chromatique. Monet y utilise le mélange optique : en juxtaposant du bleu et du jaune pur, il crée l'illusion du vert à distance. Cette technique montre sa maîtrise absolue de la couleur et de la lumière, faisant de Saule une illustration parfaite de ses recherches sur la peinture moderne.

Monet et l'abstraction américaine

Monet est considéré comme un précurseur de l'abstraction, notamment pour les peintres américains des années 1940-1950, comme Jackson Pollock ou Mark Rothko. Bien que Monet n'ait pas influencé directement ces artistes, il existe une correspondance mystérieuse entre leurs œuvres. Contrairement aux Américains qui jouaient sur le hasard, Monet maîtrisait parfaitement ses compositions, utilisant des techniques comme le mélange optique pour créer des effets de lumière et de couleur. Ses dernières œuvres, dont Saule et Iris, ont été redécouvertes dans les années 1950 grâce à Katia Granoff, une galeriste franco-ukrainienne. Elle a convaincu le fils de Monet, Michel, d'exposer ces toiles, qui avaient été négligées après la mort de l'artiste en 1926.

Ce que ça pourrait changer

En 2026, année du centenaire de la mort de Monet, ces deux œuvres sont vendues dans un contexte historique et économique particulier. La collection Schlumberger, estimée entre 40 et 60 millions d'euros, est dispersée par les héritiers de Jeanne Schlumberger, décédée en 1983. Ces tableaux, achetés par Jeanne Schlumberger pour leur valeur muséale, sont aujourd'hui considérés comme des pièces incontournables de l'histoire de l'art. Leur vente coïncide avec celle d'autres œuvres de Monet issues de la collection de Paul Durand-Ruel, un marchand d'art légendaire. Ces dispersions soulignent l'importance des collectionneurs dans la préservation et la valorisation du patrimoine artistique.

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