Avions de chasse : Saab formerait les pilotes au Canada si Ottawa achète ses Gripen
Saab tente de convaincre le Canada de se constituer une flotte d'avions mixte, avec les F-35 américains..
Le constructeur suédois d'avions de chasse Saab et la société canadienne CAE ont signé un accord pour créer un programme de formation et de simulation de vol au Canada. Ce partenariat vise à préparer l'éventuelle acquisition par Ottawa des avions de combat Gripen E de Saab. L'objectif principal est de garantir que les données techniques sensibles des systèmes d'armes et de mission restent sous contrôle canadien. Cela permettrait aussi au Canada de gérer de manière autonome les mises à jour futures des avions, renforçant ainsi son indépendance opérationnelle et sa capacité à maintenir sa flotte sur le long terme. Le communiqué insiste sur l'importance de la souveraineté nationale dans la gestion des équipements militaires.
En 2022, le Canada a signé un accord de 19 milliards de dollars avec l'américain Lockheed Martin pour l'achat de jusqu'à 88 avions de chasse F-35, un appareil furtif de cinquième génération. Une première commande de 7 milliards de dollars pour 16 avions a été finalisée, avec une livraison prévue plus tard en 2025. Le F-35 est un avion multirôle conçu pour des missions de supériorité aérienne, de frappe et de reconnaissance. Cependant, le gouvernement canadien a lancé en mars 2025 un nouvel examen de ce programme, en raison du retour au pouvoir de l'ancien président américain Donald Trump et du début de ses tensions commerciales. Cette réévaluation pourrait remettre en cause l'achat exclusif de F-35.
Le Gripen E est un avion de chasse suédois développé par Saab, conçu pour être polyvalent, économique et adapté aux besoins des forces aériennes modernes. Il est arrivé en deuxième position lors de l'appel d'offres canadien pour remplacer les actuels CF-18, des avions vieillissants. Saab mène depuis mai 2025 une campagne pour convaincre le Canada d'opter pour une flotte mixte incluant ses appareils. Le PDG adjoint de Saab, Andres Carp, a évoqué la possibilité que le Canada devienne un site de production et d'exportation du Gripen, avec une capacité pouvant aller jusqu'à 20 avions pour l'armée de l'air ukrainienne. L'entreprise promet aussi la création de 10 000 emplois, bien que cette estimation n'ait pas été détaillée.
L'accord entre Saab et CAE met en lumière les enjeux de souveraineté pour le Canada. En choisissant le Gripen E, Ottawa pourrait conserver le contrôle total sur la formation des pilotes, la maintenance et les mises à jour logicielles, sans dépendre d'un partenaire étranger. Cette autonomie est cruciale pour garantir la continuité des opérations militaires, surtout dans un contexte géopolitique incertain. CAE, déjà partenaire de Lockheed Martin pour les simulateurs du F-35, renforce ainsi son rôle stratégique dans le programme de formation des pilotes canadiens, quel que soit l'avion choisi.
Le gouvernement canadien n'a pas précisé quand son examen du programme d'avions de chasse sera terminé ni quand une décision sera prise. Cette incertitude pèse sur les industriels comme *Saab* et *Lockheed Martin*, qui doivent adapter leurs stratégies en fonction des choix futurs d'Ottawa. Le Canada pourrait opter pour une flotte mixte, combinant *F-35* et *Gripen E*, ou privilégier un seul modèle. Les experts soulignent que cette décision aura des répercussions majeures sur l'industrie aérospatiale canadienne, ainsi que sur les relations commerciales et diplomatiques avec les États-Unis et l'Europe.

