Ralentir, une question de survie
Partout dans le monde, une même tendance se dessine : retraites déconnectées, voyages lents, espaces « offline ». La Gen Z découvre même le « nonna-maxxing » : cuisiner, jardiner, marcher, recevoir ses proches, vivre comme une grand-mère italienne..
Partout dans le monde, une tendance commune émerge : le rejet de la vitesse effrénée et la recherche d’un rythme de vie plus lent. Ce mouvement se manifeste par plusieurs pratiques, comme les retraites déconnectées où les personnes choisissent de se couper des technologies pour se recentrer sur des activités manuelles ou contemplatives. Le voyage lent gagne aussi en popularité, privilégiant la qualité à la quantité, comme les séjours en sleepcations (vacances dont l’objectif principal est de dormir pour récupérer). Une autre manifestation de ce phénomène est le nonna-maxxing, une expression popularisée par la Génération Z, qui consiste à adopter un mode de vie inspiré des grands-mères italiennes : cuisiner soi-même, jardiner, marcher, ou encore recevoir ses proches. Ces pratiques reflètent un rejet du culte de la performance et de l’hyperconnexion, au profit d’un retour à des activités simples et apaisantes.
Le secteur du tourisme s’adapte à cette demande croissante de ralentissement. Les sleepcations, par exemple, sont des voyages dont le but principal est de se reposer, en opposition aux séjours traditionnels où l’on cherche à visiter un maximum de lieux. Cette tendance illustre un changement de paradigme : on ne part plus en vacances pour accumuler des expériences, mais pour se ressourcer. Les destinations proposant des environnements calmes, comme les retraites déconnectées, deviennent ainsi plus attractives. Ce phénomène s’inscrit dans une logique plus large de rejet de la surcharge, où le repos n’est plus perçu comme un luxe, mais comme une nécessité biologique et une forme de résistance face à la société de l’accélération permanente.
Ce mouvement de ralentissement est analysé par des experts comme Laurence Devillairs, philosophe française, et Thomas Andrillon, docteur en neurosciences à l’Institut du Cerveau de l’Hôpital Pitié-Salpêtrière. Selon eux, cette aspiration au calme n’est pas seulement une réaction à l’épuisement, mais aussi une remise en question d’un modèle économique et social fondé sur l’accélération permanente. Les neurosciences montrent que le cerveau a besoin de périodes de repos pour fonctionner de manière optimale, ce qui renforce l’idée que le ralentissement n’est pas un simple choix, mais une nécessité biologique. Virginie Lepetit, journaliste à Courrier International, souligne que cette tendance dépasse les générations et touche des publics variés, des retraités aux jeunes actifs.
Aujourd’hui, ne rien faire demande paradoxalement une organisation minutieuse, tant notre environnement est envahi par les écrans, les notifications et les objectifs à atteindre. Pourtant, une partie de la société commence à dire « stop » à cette course effrénée. Ralentir, marcher, dormir, cuisiner ou jardiner redeviennent des activités valorisées. Ce retour à des rythmes plus lents interroge : sommes-nous simplement épuisés par la surcharge, ou avons-nous atteint les limites d’un système basé sur la productivité à tout prix ? Cette remise en question s’inscrit dans un débat plus large sur la liberté et le sens de la vie, où le repos n’est plus perçu comme une perte de temps, mais comme une forme de résistance et d’émancipation.
Ce phénomène s’inscrit dans une tradition philosophique et littéraire qui valorise la lenteur et la réflexion. Des penseurs comme Michel de Montaigne ou Jean-Jacques Rousseau ont déjà exploré l’idée que le ralentissement permet une meilleure compréhension de soi et du monde. Plus récemment, des œuvres comme *Depuis toujours nous aimons les dimanches* de Lydie Salvayre, publié en 2024, illustrent cette quête de calme et de simplicité. Les références culturelles, comme les extraits sonores d’émissions ou de musiques évoquant la détente, renforcent ce mouvement en offrant des modèles de vie alternatifs. Ces références montrent que l’aspiration au ralentissement n’est pas nouvelle, mais qu’elle prend aujourd’hui une ampleur inédite dans un monde hyperconnecté.

