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Culture

Au Museum d'Histoire naturelle, le dessin scientifique fait peau neuve

France Culture - Savoirs · mis à jour 25 sept.

Le Muséum national d'Histoire naturelle fête ses 400 ans. Pour l'occasion, la Grande Galerie de l'Évolution propose une exposition "Les Artistes au museum" où le public peut découvrir dessins scientifiques et peintures sur vélins : une collection unique au monde, et qui continue d'être alimentée..

Exposition anniversaire

Le Muséum national d’Histoire naturelle célèbre ses 400 ans en 2026 avec une exposition intitulée Les Artistes au museum, présentée à la Grande Galerie de l’Évolution. L’événement met en lumière une collection exceptionnelle de 7 000 dessins scientifiques et peintures sur vélins, dont des originaux et des reproductions. Ces œuvres, aux couleurs vives et encadrées de liserés dorés, représentent principalement des animaux, des plantes, des fossiles et des minéraux. Le vélin est un support ancien, traditionnellement fabriqué à partir de peaux de veaux très fines, bien que des papiers modernes de qualité similaire soient désormais utilisés. L’exposition illustre aussi l’évolution des techniques et des styles artistiques au fil des siècles, tout en soulignant la continuité d’une démarche à la fois scientifique et artistique.

Origines historiques

La collection de vélins remonte au XVIIe siècle, lorsque Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, commande des représentations de la flore et de la faune de ses jardins à Blois. À sa mort en 1660, cette collection est léguée à son neveu, Louis XIV. C’est sous l’impulsion de Jean-Baptiste Colbert, ministre de Louis XIV, que la collection prend une dimension scientifique. Colbert ordonne que des artistes, logés au Jardin du Roi (futur Muséum), réalisent ces œuvres sous la supervision des savants de l’institution. Cette tradition se poursuit jusqu’à la fin du XIXe siècle, alimentée par des artistes renommés comme Nicolas Robert, Jacques-Christophe Werner ou Madeleine Françoise Basseporte, première femme à occuper le poste de Peintre du roi.

Normes et conventions

Les vélins respectent des codes stricts mêlant précision scientifique et esthétique. Un cadre doré, souvent présent, symbolise le caractère somptuaire de la collection. Les œuvres doivent aussi intégrer des éléments comme le nom de l’espèce, ajouté ultérieurement par des scientifiques, ou des détails anatomiques spécifiques. Par exemple, les mammifères sont souvent représentés de profil pour faciliter leur identification, tandis que les plantes font l’objet de zooms sur leurs organes sexuels ou de dissections. Ces règles évoluent avec le temps, mais conservent une unité de style globale, bien que chaque artiste apporte sa touche personnelle. Une œuvre comme Le Poisson-chat électrique du Nil, peint par Henri-Joseph Redouté lors des campagnes napoléoniennes en Égypte, illustre ces conventions.

Diversité des sujets

La collection se compose aux deux tiers de représentations botaniques, complétées par des illustrations zoologiques, paléontologiques et minéralogiques. Les sujets varient selon les époques et les besoins scientifiques. Par exemple, les plantes sont souvent détaillées pour leurs parties reproductrices, tandis que les animaux sont représentés sous plusieurs angles pour une identification optimale. Les fossiles, comme ceux des ornithomimosaures récemment commandés pour l’exposition, ou les micro-organismes comme les foraminifères, montrent l’adaptation des techniques de dessin à des sujets de plus en plus complexes. Ces illustrations permettent de synthétiser des connaissances et de formuler des hypothèses, comme le démontre la représentation de mammifères disparus.

Nouveaux vélins contemporains

Pour célébrer les 400 ans du Muséum, trois nouveaux vélins ont été commandés à des dessinateurs scientifiques. Ces œuvres, réalisées sur des vélins d’arches (papiers modernes imitant la qualité du parchemin), représentent des sujets inédits : une reconstitution paléontologique d’un ornithomimosaure, une plante à fleurs découverte à Mayotte, et un foraminifère de la famille des Rosalinidés, un micro-organisme marin. Didier Geffard Kuriyama, responsable de l’atelier d’iconographie scientifique, a notamment travaillé avec des chercheurs pour représenter ce dernier sujet de manière dynamique, en montrant son cycle de vie. Ces nouvelles pièces s’inscrivent dans une tradition séculaire de collaboration entre artistes et scientifiques.

Dessin vs photographie

Malgré l’avènement de la photographie dès les années 1840, le dessin reste indispensable en sciences naturelles. Contrairement à une photo, qui capture un individu spécifique, le dessin permet de synthétiser des observations et de formuler des hypothèses. Par exemple, deux représentations d’un même mammifère disparu, le Cynodictis lacustris, montrent des variations dans la couleur du pelage ou la forme des oreilles, reflétant les incertitudes scientifiques. Alice Laforêt, commissaire de l’exposition, souligne que le dessin offre une part de subjectivité et une latitude que la photographie ne permet pas. De plus, il permet de représenter des éléments invisibles à l’œil nu ou des espèces disparues, comme les fossiles.

Ce que ça pourrait changer

Aujourd’hui, le dessin scientifique continue de jouer un rôle central dans la recherche et la vulgarisation au Muséum. Il sert à décrire de nouvelles espèces, à illustrer des découvertes ou à synthétiser des connaissances complexes. Selon Didier Geffard Kuriyama, le dessin est un *langage universel* qui permet de représenter l’essence d’une espèce plutôt qu’un individu précis. Par exemple, Léonard de Vinci utilisait déjà cette technique pour représenter des plantes en combinant des détails de plusieurs individus. Avec seulement 20 % de la biodiversité connue, le dessin reste un outil clé pour explorer et documenter l’inconnu, notamment dans des domaines comme la paléontologie ou la microbiologie.

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